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Kilomètres parcourus: 211 kms
Passage frontalier
Nous sommes arrivés à Shkodra en fin d'après-midi. En nous éloignant du lac, nous avions progressivement redescendu les montagnes monténégrines pour rejoindre la petite plaine dans laquelle est nichée cette ville albanaise. Les quelques bourgades rencontrées avant la frontière étaient déjà pourvues de minarets.
Les bâtiments douaniers sont neufs et de fait, plutôt modernes. Il y a trois voitures devant nous, nous patientons. Arrive enfin notre tour, ce sont des officiers albanais qui nous questionnent, il n'y aura donc qu'un seul contrôle mais celui-ci dure plus longtemps que les fois précédentes. Première fois que nous sortons la carte grise du Ford qu'ils emmènent avec nos passeports. J'ouvre la Roulotte pour l'inspection, devenue automatique depuis la Serbie. Pendant que l'un d'eux visite notre maison de Lilliputiens, un autre demande «camping?». Yes. Puis «German?» Ah non, nous sommes français. je n'eus pas le temps de formuler cette phrase qu'un autre douanier avait pris la peine de regarder notre plaque d'immatriculation et s'était empressé de répondre à son collègue. Du coup, il s'approche, sourire aux lèvres, et commence à débiter tous les noms des personnages français qu'il connaît, de Victor Hugo à Jean-Paul Belmondo, en passant par les mousquetaires d'Alexandre Dumas et le fameux Zola pour lequel il précise «beautiful writings». Laurent, resté derrière le volant, s'impatiente et se plonge dans son livre. Deuxième visite de la Roulotte puis on nous fait comprendre que c'est bon. Nous attendons toujours nos papiers qui reviennent bientôt avec un document supplémentaire pour lequel on ne nous donne aucune explication. Bien qu'écrit dans une langue que nous ne lisons pas, nous apercevons nos noms, notre numéro d'immatriculation et la marque du véhicule. Nous le ramassons précieusement avec le reste, il nous sera sans doute réclamé à la sortie du pays.
Nous "atterrissons" en Albanie
Le dépaysement est tel que nous affirmons, sans peser nos mots, que nous avons atterri en Albanie. Nous quittions le Monténégro, suite à un séjour paisible, pour affronter une réalité socio-économique qui est, à première vue, différente de ce que nous avions vu jusqu'à présent. Nous avions quelques appréhensions liées au peu d'histoire que nous connaissions du peuple albanais. Depuis notre arrivée dans les Balkans, nous avions été témoins de quelques scènes peu singulières pour les français que nous sommes mais là... La route est bitumée mais transpercée d'innombrables trous de largeurs et profondeurs plus ou moins impressionnantes. Ce sont des chemins de terre poussiéreux qui s'y attachent à chaque croisement. Tout le monde se partage cet axe principal sur lequel nous doublons des vélos, des scooters, des piétons, mais également des chevaux tirant des charrettes bringuebalantes fabriquées artisanalement avec des pneus de tailles différentes. Il y a des vaches, des chèvres, des chats, des chiens et aussi des poules pouvant débouler à tout moment. Inutile de préciser l'étroitesse de la voie... Puis, nous sommes immobilisés quelques minutes. Un petit garçon se dirige vers nous, côté conducteur. Laurent ouvre sa fenêtre pour savoir ce qu'il veut. Il nous renseigne sur la direction de Shkodra et précise qu'il vend cette info un euro. À vrai dire, nous nous doutions bien de cette direction malgré le manque de signalisation. Depuis la frontière, nous avons suivi la seule "route" (il y avait bien des chemins caillouteux ici et là) digne de nous mener dans cette ville relativement importante. Enfin nous avançons et comprenons la cause de cette immobilisation momentanée. Nous voilà face à un pont fait de grosses poutres de bois. Il nous rappelle la passerelle suspendue que nous avions empruntée dans les Alpes du Sud, mais cette fois-ci c'est en Roulotte que nous nous aventurons dessus! Rassurés par le bus que nous venons de croiser (si lui il passe, nous aussi), nous nous lançons!
Shkodra, une des plus vieilles villes albanaises
La densité de population s'accroît, nous sommes sûrement dans la périphérie urbaine. Un panneau nous signale enfin l'entrée dans la ville qui ne nous inspire pas une grande confiance (du moins pour dormir). Shkodra serait le berceau de la chrétienté albanaise (ce fut un chef-lieu de l'empire Romain) mais la période communiste (dès 1945) a modifié la donne. Le pays s'est isolé et les relations que Shkodra entretenait avec l'extérieur depuis des siècles s'en sont trouvées
très affectées. Nous décidons de la traverser. Suivant nos instincts, nous nous dirigeons vers l'Est pour garder le cap d'une prochaine destination, le Kosovo. Vite arrivés à l'autre bout de la zone urbaine, nous prenons à droite, traversant un autre pont "pittoresque". Pas d'éclairage public par ici, nous nous laissons guider par les phares de la Roulotte, avec l'espoir de retomber sur un axe routier plus important... Rapidement, nous sommes perdus. Bon, voyons si le GPS (qui ne nous a pas été très utile dernièrement) peut nous aider. Tiens, il acquiert les satellites et connaît même Skopje, capitale de la Macédoine! Par contre, le plan nous montre une route unique et le petit triangle bleu nous représentant est dans le «no man's land». Nous allons dans la direction opposée! La route est étroite, impossible de faire demi-tour. Les décharges à ciel ouvert s'étendent entre les habitations, des grandes villas emmurées et des maisons bétonnées plus modestes. Enfin, nous pouvons rebrousser chemin. Puis, de manière inattendue, le goudron fait place à une terre rocailleuse et les soubresauts se font de plus en plus violents. Trop concentrés à scruter les moindres mouvements des piétons et des animaux, nous avons dû rater la sortie. Dès que possible, nous effectuons un autre demi-tour, Laurent se débrouille comme un chef. Nous ne saurions vous dire combien de temps cela a duré, mais ce fut suffisamment long pour que l'on commence sérieusement à s'en inquiéter. Aucun endroit ne nous semble acceptable pour nous arrêter dormir. Nous retrouvons enfin la route et préférons nous éloigner de Shkodra, aspirant à un lieu plus calme et surtout plus rassurant pour accueillir Morphée.
Première nuit en Albanie
Depuis la frontière, nous observons la pauvreté qui touche une partie de la population. La misère confère souvent un sentiment d'insécurité à celui qui est "riche". Bien que nous n'ayons pas de gros moyens financiers, cette image nous colle à la peau. Le simple fait de pouvoir se permettre cette grande aventure est un signe de richesse. Nous ressentons un certain malaise et la nuit sombre n'arrange rien à notre mal être. Après quelques kilomètres, nous nous
garons au bord de la route, sur un emplacement situé près d'un cimetière catholique. Il est 17h30 et le maigre petit déjeuner avalé vers 12h ne nous fournit plus l'énergie nécessaire à nos émois. Nous préparons le diner (saumon et tagliatelles à la crème fraiche) que nous ingurgitons comme des affamés. Rien de tel qu'un dialogue pour nous libérer du poids de nos émotions, encore faut-il connaître des mots pour décrire ces choses peu rationnelles que sont les angoisses. Nous aimerions tant combattre nos préjugés et nos appréhensions pour nous sentir bien partout mais parfois, c'est au delà de nos forces. Les albanais savent certainement se montrer très hospitaliers, tout est question de contexte. Demain est un autre jour...
Il est encore tôt, nous choisissons pour distraction une partie de Go. Le jeu de Go fut sans doute notre premier investissement pour ce voyage, bien avant que nous nous décidions à acheter le camping-car. À cette époque, nous pensions encore «baluchons» et c'est donc pour la version la plus réduite et pratique que nous avions optée (golan aimanté). Nous cherchions un jeu auquel nous n'avions jamais joué ni l'un ni l'autre (pour partir sur un pied d'égalité) et dans
lequel nous pourrions évoluer sur une longue période. Le Go réunissait ces conditions. Nous avions fait plusieurs boutiques spécialisées dans le quartier latin. Puis c'est dans un bar du côté des Halles que nous avions passé la soirée (lieu où se retrouvent les joueurs de Go) afin d'en acquérir les bases. Les débuts furent laborieux. Nous commençons à peine à comprendre les subtilités de ce jeu d'empereur et nous nous réjouissons enfin de déceler quelques bribes de son infinie complexité stratégique.
Nord Albanais, des montagnes à perte de vue
Couchés tôt, levés tôt. Nous vivons avec le soleil. Cette première nuit fut vêtue d'un sommeil léger et décousu qui laisse des traces sur nos visages. Dès 6h, nos yeux cernés échangent un regard. Nous nous levons. Le temps de manger un bol de céréales, puis nous levons les amarres dès 6h30. Le ciel est dégagé et la lumière matinale nous enveloppe d'une chaleur fort appréciable. Les paysages s'offrent à nous et la splendeur de ces montagnes à perte de vue nous réconforte. Le
Nord de l'Albanie est montagneux, comme la majorité des Balkans. Parfois, un lac ou un cours d'eau apparaît à la sortie d'un virage. Après plusieurs kilomètres de zigzag sur des versants dénudés, nous traversons une forêt de conifères. Les sapins teintent le panorama de vert. Sur chacun d'eux il y a des sortes de touffes blanches qui ressemblent à des toiles d'araignées.
À 9h, nous nous arrêtons pour profiter de la vue. Les rayons solaires nous permettent enfin de produire l'électricité nécessaire pour recharger nos appareils. Nous pouvons faire sécher le pull lavé à la main trois jours plus tôt, ainsi que les serviettes trempées après deux agréables douches chaudes. Après l'avoir vidé, nous réparons notre réservoir d'eau.
Nous sommes sur le bord d'une route peu fréquentée, en pleine nature. Un jeune homme descend d'un bus, nous nous demandons ce qu'il vient faire ici parce que nous n'avons vu aucune habitation. Il sort la dernière cigarette de son paquet qu'il jette par terre sans aucun remord, puis il utilise son téléphone portable. Il est à quelques mètres seulement et cela nous gêne un peu. Nous décidons de finir ce que nous avions commencé pour repartir. Entre temps, un petit
garçon a surgi de derrière une colline, il dit bonjour au jeune homme puis se dirige droit sur nous pour se poster à moins d'un mètre de notre porte ouverte. Il nous regarde fixement. Nous lui sourions et tentons quelques échanges. Apparemment il ne va pas à l'école et ne sait pas écrire. Nous sommes enfin prêts et démarrons le véhicule. En nous éloignant, nous lui faisons des signes de la main. Je regrette de ne pas avoir su communiquer davantage. J'aurais dû faire, comme je l'ai fait d'autres fois, sortir des feuilles et des feutres et m'installer avec lui pour dessiner. La vérité est que nous ne nous sentions pas à l'aise. Nous réalisons que c'est la méfiance qui nous a poussés à partir si vite. Laurent évoque l'instinct de propriété. Cette Roulotte et tout ce qu'elle transporte (pas mal de matériel de valeur) sont trop importants à nos yeux pour que l'on ne prenne pas en considération les risques de les voir disparaître. D'un autre côté, ce mode de voyage nous plaît beaucoup et il nous rend plus libres de nos mouvements car bien des endroits que nous avons découverts étaient inaccessibles en transport en commun, sans parler du logement... Avec l'expérience, nous apprendrons sans doute à tempérer nos jugements et à nous laisser aller davantage. Ce gamin avait l'air complètement inoffensif, il était simplement curieux. Il ne nous a d'ailleurs pas demandé d'argent comme d'autres l'ont fait. Quant au jeune homme, nous ne savons pas où il est allé ensuite (car nous étions au milieu des montagnes) mais il n'avait probablement pas l'intention de nous faire quoi que ce soit...
Plus loin, dans la province de Puke, nous trouvons l'emplacement idéal. En contrebas de la route, cachés derrière un grand mur, nous devenons invisibles. La vue est moins jolie mais nous allons pouvoir passer la journée tranquillement au soleil. J'entreprends de peindre (décoration intérieure de la Roulotte avec les pochoirs confectionnés à Dubrovnik) tandis que Laurent fait une sieste. Journée paisible suivie d'une nuit silencieuse et réparatrice.
Le lendemain, nous partons pour Kukes, dernière ville avant la frontière du Kosovo. Nous la pénétrons avec l'intention de nous y arrêter mais très vite, nous changeons d'avis. À peine garés, un homme crache juste devant nous. Il y a beaucoup de monde dans ces rues poussiéreuses et sales, il n'y a que des hommes. Assez curieusement, il y a beaucoup de Mercedes (modèles assez récents), voitures qui ne semblent pas du tout adaptées à l'état général de la chaussée.... Tous ces regards sont pesants. Un homme vient se coller à la fenêtre et ses gestes ne nous trompent pas, il veut de l'argent. Mal à l'aise, nous redémarrons et poursuivons jusqu'à Prizren, au Kosovo...
Frontières terrestres: 717 km Littoral: 362 km Point culminant: Maja e Korabit, 2 764 m
Pays frontaliers:
Grèce (282 km)
Macédoine (151 km)
Monténégro (172 km)
Kosovo (112 km)
Type de gouvernement: République parlementaire Constitution: Novembre 1998
Fête nationale: 28 Novembre
Elle commémore la proclamation d'indépendance prononcé par Ismaël Quemal Bey le 28 novembre 1912 alors que l'Albanie est libérée des Turcs.
Force de travail:
Agriculture: 58%
Industrie: 15%
Services: 27%
Espérance de vie: 77.96 ans
Homme: 75.28 ans
Femme: 80.89 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 25%
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: lek Distributeurs: ND Paiement par visa/mastercard: ND
Prix moyen litre de diesel: 0,90 € bouteille eau minérale (1.5L): ND un café: ND un demi: ND
Indicatif téléphonique: 365 Indicatif internet: .al Fuseau horaire: +1 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 5 Routes: 18 000 km Voix ferroviaires: 896 km Voix navigables: 43 km