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Kilomètres parcourus: 370 kms

À la mémoire des victimes de Srebrenica

Nous franchissons le pont pour nous faire inspecter par les douaniers de Bosnie qui se montrent moins curieux mais jettent tout de même un rapide coup d'œil à l'intérieur de notre Roulotte. Transportons-nous des armes? «Non». Où allons-nous? «à Srebrenica» répétons-nous trois fois en vain (ça doit être l'accent), bon «à Sarajevo» alors. Ah, ils ont compris celui-ci. Pas de tampon sur les passeports, l'un d'eux lance un «good luck» que nous ne savons pas trop comment interpréter. Faut-il aller à droite ou à gauche? Ils sont déjà repartis à leurs occupations, allons à droite. En Colombie, on nous disait toujours «buena suerte». Au départ nous nous étions également posé la question de l'interprétation mais nous avions vite compris qu'il s'agissait d'une formule de sympathie, un peu comme le «take care» américain. Nous espérons qu'il s'agit de cela!

Mémorial de Srebenica Il est à peine 16h00 mais la nuit tombe si vite en cette saison. Nous avançons sans savoir si c'est la bonne direction, il n'y a aucun panneau (pire qu'en Serbie!). Soudain, Hélène demande à Laurent de s'arrêter. Nous sommes face à un grand cimetière, aménagé autour d'un mémorial. Nous descendons pour en arpenter les sentiers. Il fait sombre et la brume humide donne au lieu une atmosphère encore plus tragique. Dans une longue plaque de marbre circulaire sont gravés
les noms des 8 373 victimes (nombre parfois contesté). En juillet 1995, alors que la province de Srebrenica était une "zone de sécurité" sous protectorat international, des soldats serbes envahissent les maisons et procèdent à des exécutions collectives dans la communauté musulmane.

Rappelez-vous... Après la dissolution de la Yougoslavie et la guerre consécutive, les serbes de Bosnie-Herzégovine avaient pris le contrôle de la majeure partie de la Bosnie orientale, conduisant une campagne de «nettoyage ethnique» contre les Bosniaques (ou Musulmans) de la région. La ville de Srebrenica faisait partie de la poignée d'enclaves Bosniaques, officiellement démilitarisées, existantes dans ce secteur. Fin mai 1995, 400 casques bleus étaient pris en otage par les forces bosno-serbes. Le 7 juillet 1995, les forces serbes menées par le général Ratko Mladic prirent d'assaut la ville. La plupart des civils partirent immédiatement pour la ville de Potocari où se trouvait la principale base militaire de l'ONU. D'autres prirent des autobus pour des territoires bosniaques. Ce triste évènement a fait la une de toute la presse internationale indignée, c'est pour ces raisons macabres que le nom de Srebrenica nous était si familier.

Cette inhumanité a-t-elle été punie? Le général serbe Ratko Mladic ainsi que le chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic ont été accusés par le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de génocide, crimes contre l'humanité et violations des lois et coutumes de guerre. Ce n'est qu'en juillet 2008 que Radovan Karadzic est arrêté par les services secrets serbes à Belgrade (accusé en février 2009 par le TPIY de deux génocides, le premier étant les crimes commis en Bosnie-Herzégovine en 1992). À l'heure actuelle, Ratko Mladic est toujours en fuite.

À 17h, nous sommes garés près d'un immeuble résidentiel, lorsque l'appel à la prière retentit. Il y a deux minarets juste à côté de nous, nous sommes transportés par ces chants qui nous rappellent que l'Orient n'est plus très loin. La nuit fut relativement paisible bien que nos esprits semblaient quelque peu tourmentés par ce lieu qui a connu tant d'atrocités. Après la lecture de quelques articles sur le sujet, nous en discutons. Il est impossible de nous imaginer ce que Srebenica
cela peut être, nous qui n'avons connu aucune guerre et avons toujours fait parti d'une «classe de privilégiés». Nous nous demandons à quel point cela doit être dur de vivre ici... sachant que celui qui a tué son père ou son frère n'habite peut-être qu'à 10 kms (les victimes étaient essentiellement des hommes mais il y eut aussi des femmes et des enfants)... C'est le cœur lourd que nous trouvions enfin le sommeil... Laurent est réveillé dès 5h par la prière...

Leçon d'histoire et souvenirs médiatiques

Que l'on s'intéresse ou non à l'histoire, il serait presque indécent de traverser les Balkans sans se soucier un minimum de ce qui s'y est passé. Nous étions adolescents lors des années sanglantes qui ont mis fin à la République fédérale socialiste de Yougoslavie et nous avons en mémoire des images médiatiques et des noms auxquels nous tentons de donner du sens aujourd'hui. Ce n'est pas tant pour étaler nos maigres connaissances mais simplement pour partager avec vous ce que nous avons compris...

La Bosnie-Herzégovine a été successivement romaine, slave, hongroise, ottomane, austro-hongroise et yougoslave. De cet héritage résulte un mélange de populations chrétiennes catholiques ou orthodoxes de langue serbo-croate et populations musulmanes sunnites.

En 1990, les récentes déclarations d'indépendance de la Slovénie et de la Croatie, et les guerres qui les ont suivies, placent la Bosnie-Herzégovine dans une situation délicate. La population est divisée : doit-elle rester dans la fédération yougoslave, comme le veut la majorité des Serbes (32 % de la population), ou chercher à obtenir son indépendance, ce que souhaite la majeure partie des Bosniaques et des Croates (64 % de la population)?

Sarajevo La déclaration de souveraineté d'octobre 1991 est suivie du rapport de la commission Badinter, selon lequel la Bosnie-Herzégovine ne peut être reconnue comme État indépendant par la communauté internationale que si un référendum national réclame cette reconnaissance. Ce dernier a lieu le 29 février 1992 mais il est boycotté par un tiers de la population (la majorité des Serbes). Refusant les résultats de ce référendum, les milices Serbes organisées par Radovan Karadzic
(chef du parti nationaliste serbe SDS) encerclent la ville de Sarajevo et déclarent une «guerre ethnique». La Communauté européenne et les États-Unis reconnaissent néanmoins l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992 et son adhésion à l'ONU suivra, le 22 mai 1992 (en même temps que celles de la Croatie et de la Slovénie). Refusant aussi cette reconnaissance par la communauté internationale, les forces de l’armée yougoslave dressent des barricades et postent des snipers tout autour de Sarajevo, pour «protéger» les quartiers Serbes (orthodoxes) et isoler les quartiers Bosniaques (musulmans) et les Croates (catholiques). Nous gardons en mémoire les images des civils assassinés lâchement dans les rues de Sarajevo, tirés comme des lapins...

Même scénario qu’en Croatie, le président yougoslave Slobodan Milosevic coordonne les premières opérations militaires en Bosnie (avril 1992). Nous vous épargnons les détails mais il s'en suivit de nombreux combats et consécutivement de nombreuses victimes. La plupart du temps, les militaires de chaque camp s'en prenaient aux populations civiles de ses adversaires, et évitaient de s'affronter entre eux. La population fut alors soumise à un régime d’apartheid institutionnalisé sous le nom de statut spécifique: les Bosniaques et les Croates des territoires sous contrôle serbe, ainsi que les Serbes des territoires sous contrôle croate ou bosniaque, sont privés de travail et de soins médicaux, assignées à résidence après avoir été expulsés et relogés dans des quartiers devenus ghettos. La violence se déchaîne aussi entre Croates et Bosniaques (combats de Mostar et dynamitage de son pont et de sa mosquée...)

Les efforts de la communauté internationale eurent peu d'effets concrets. Malgré l'envoi de plus de 38 000 militaires sous le drapeau de l'ONU, les massacres continuèrent. En novembre 1995, les belligérants furent invités à signer à Dayton (États-Unis) un traité de paix. Ces accords partagèrent la Bosnie-Herzégovine en deux entités : La Fédération de Bosnie et Herzégovine (51 % du territoire et 70 % de la population) et la République Serbe de Bosnie (49 % du territoire et 25 % de la population, plus les réfugiés serbes de Croatie, désormais apatrides). Certains médias avancent que le mouvement indépendantiste serbe connaît un regain d'activité depuis l'annonce du soutien de l'indépendance du Kosovo par l'Union européenne et les États-Unis. La possibilité d'une sécession unilatérale de la part de la République serbe de Bosnie serait donc toujours d'actualité. L'indépendance du Kosovo (reconnu en juillet 2009 par 68 États dont la France) reviendrait à reconnaître dans les Balkans le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et donc à légitimer l'indépendance ou le rattachement à la Serbie de la République serbe de Bosnie.

Sarajevo, capitale contrastée

Nous voulions aller à Sarajevo parce que ce nom hantait nos souvenirs médiatiques mais nous y avons passé trop peu de temps pour nous faire un jugement quelconque. Nous arrivons dans l'après-midi et trouvons une place de parking payante (5 euros pour deux jours), dans une zone un peu retirée qui nous offre un peu de calme pour la nuit. Aussitôt, nous partons vers le vieux centre piéton pour explorer. Tout est organisé autour d'une artère principale le long de laquelle Sarajevo
Sarajevo se succèdent des boutiques en tout genre, des banques, une église catholique, puis une première mosquée et encore une autre...

  Le lendemain, nous profitons d'une journée ensoleillée pour monter le plus haut possible afin d'avoir une vue d'ensemble sur la ville qui se développe dans cette étroite vallée. Une majeure partie de la ville consiste en des maisons individuelles, à flanc de colline. Si bien qu'à
certains moments, nous avons l'impression d'être dans un petit village de montagne. Il y a même des jardins et nous apercevons un tas de foin qui laisse penser qu'il y a même quelques activités fermières. Essoufflés, nous nous posons dans l'herbe. De là haut, nous voyons les nombreux cimetières (musulmans pour la plupart). Au loin se dessinent une série d'immeubles bétonnés, puis plus près du centre, quelques bâtiments ultra modernes (hôtels et centres commerciaux). Nous Sarajevo
identifions différents quartiers. Les minarets se dressent ici et là, se fondant dans un paysage urbain avec des entraves rurales. En fin de journée, nous décidons de reprendre la route.

Un réveil animé à Mostar

Mostar Environ 350 km séparent Sarajevo de Dubrovnik (Croatie), c'est à Mostar que nous choisissons de faire escale pour la nuit. Cette ville a l'air en plein «boom». Les nombreux bâtiments modernes (dont certains en construction) se mêlent à des bâtisses abandonnées tombant en ruines. Nous ne trouvons aucune difficulté pour nous garer et sommes même contents de notre trouvaille, une rue résidentielle, très calme en apparence...

Nous marchons en direction du centre mais nous nous arrêtons juste avant pour prendre un thé, l'occasion de recharger nos ordinateurs. Avec le mauvais temps que nous avons depuis presque dix jours, le panneau solaire ne nous est pas d'une grande utilité... Vers 20h, nous sentons la faim nous tirailler alors nous rentrons chez nous préparer le dîner. Il s'ensuit une projection cinématographique puis un temps de lecture avant de rejoindre le pays des rêves. À 7h10, nous sortons malgré nous d'un sommeil peu réparateur, surpris par un bruit et des secousses que nous interprétons rapidement... Nous entendons plusieurs voix, des rires, et des coups de pieds donnés avec force dans la porte. Notre réflexe est de crier, ce qui suffit à couper court. Nous regardons par la fenêtre, il s'agit d'une «bande de jeunes» qui poursuit sa route calmement sans se soucier que nous puissions entreprendre de quelconques représailles (à raison d'ailleurs car ce n'est pas notre genre). Je suis envahie d'un malaise qui m'empêche de me rendormir, je plonge dans un bouquin tandis que Laurent parvient à fermer l'œil une petite heure avant qu'une deuxième vague nous frappe. Ceux-là sont plus âgés mais donnent des coups moins violents, sur la carrosserie (de l'autre côté). Ce qui n'est sûrement qu'un jeu pour eux, nous le ressentons presque comme une agression. Le goût amer de cette enchaînement nous trouble au point que nous préférons «zapper» la visite du vieux centre. Nous nous habillons et reprenons la route.

Neum, seule station balnéaire du pays

Depuis Sarajevo, les paysages défilant sous nos yeux sont magnifiques. Sur plusieurs kilomètres, nous longeons un fleuve qui coule entre deux hautes parois rocheuses. L'eau est claire et les rayons de soleil transpercent enfin les nuages qui nous poursuivent depuis trop longtemps... Laurent remarque que l'on pourrait presque se croire dans une calanque marseillaise... Puis la vallée s'élargit au fur et à mesure jusqu'à ce que nous roulions au milieu En route vers Dubrovnik
d'une grande plaine où des agriculteurs récoltent des clémentines. Ici et là, quelques parcelles de vignes... nous nous rapprochons de la mer Adriatique et le soleil nous réchauffe enfin.

Douanes à l'horizon, bref coup d'œil sur nos passeports des deux côtés, nous voilà de retour en Croatie.... Quelques kilomètres plus loin, autre poste frontalier en vue, même topo, nous sommes à nouveau en Bosnie-Herzégovine... Nous sommes sur les 20 km de littoral que le pays possède, dans une bourgade nommé Neum... Tiens «Auto-camp», si on essayait un camping Bosniaque avant de rejoindre Dubrovnik.. Nous suivons les indications mais atterrissons sur un immense parking, celui d'une église catholique située sur les hauteurs de la ville... Arrêtons-nous. Laurent fut l'initiateur, nous procédons au grand ménage (ça nous prend environ 4h à deux)... La Roulotte en a bien besoin après ce qu'elle vient de subir... l'humidité ambiante de ces 10-12 derniers jours s'est infiltrée dans chaque recoin et nous sommes tout heureux de prendre enfin un bain ensoleillé (les températures montent à 22°C). Quatre jeunes filles nous interpellent pour nous dire que le camping n'est pas ici, elle nous explique comment nous y rendre mais nous ne le trouvons pas plus la seconde fois... et si on allait directement à Dubrovnik? Ok.

Frontière à l'horizon, nous aurons été contrôlés six fois aujourd'hui... Nous ressortons les quelques kuna (monnaie) que nous avions gardés précieusement, nous arrivons en Croatie...

Les Baluchons sur les routes de Bosnie-Herzégovine:

 

Superficie: 51 197 km²
Population: 4 613 414
Population urbaine: 47%
Capitale: Sarajevo

Frontières terrestres: 2 026 km
Littoral: 20 km
Point culminant: Maglic, 2 386 m

Pays frontaliers:
  • Croatie (932 km)
  • Monténégro (245 km)
  • Serbie (357 km)

Type de gouvernement: République
Constitution: Décembre 1995

Fête nationale: 25 Novembre
Elle commémore le 25 novembre 1943, date à laquelle eut lieu le Conseil antifasciste de libération de la Yougoslavie à Jajce qui donna naissance à la l'ex-Fédération démocratique de Yougoslavie et décida de la formation d'une République socialiste de Bosnie-Herzégovine.

Force de travail:
  • Agriculture: 19.8%
  • Industrie: 32.6%
  • Services: 47.6%
Espérance de vie: 78.5 ans
  • Homme: 79.92 ans
  • Femme: 82.34 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 25%
 
Source: CIA World Fact Book 2009
 

Monnaie: Marka
Distributeurs: facile à Sarajevo
Paiement par visa/mastercard: peu répandu à l'exception de Sarajevo

Prix moyen
litre de diesel: 0.90€
bouteille eau minérale (1.5L): 0.50€
un café: 0.50€
un demi: 1€

Indicatif téléphonique: 387
Indicatif internet: .ba
Fuseau horaire: +1 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre

Mobilité:
Aéroports: 25
Routes: 21 846 km
Voix ferroviaires: 1 000 km
Voix navigables: sur la Save

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