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Kilomètres parcourus: 1610 kms
Histoire de Chypre d'après Mehmet
Mehmet est le premier Chypriote que nous rencontrons. Il se fait un plaisir de nous éclaircir sur l'histoire tragique de son île. Très brièvement, Chypre était une colonie britannique. Dès 1955, les Chypriotes grecs prennent les armes et mènent la lutte pour l'indépendance. Notons que les Britanniques recrutent des milices chypriotes turques en renfort des troupes coloniales. Puis Chypre devient une république indépendante en 1960. Mehmet était enfant, il se souvient très bien que les Turcs et les Grecs vivaient en paix au début des années 60. La constitution garantissait à la minorité chypriote turque un poids politique important (30% des postes) mais très vite, les choses se compliquent. D'après Mehmet, les Grecs se sont mis à tuer les Turcs mais l'histoire ne peut se résumer ainsi. Il raconte cela avec beaucoup de rancœur. Nous ne pouvons que compatir à sa tristesse, il a perdu son père et son frère. L'engrenage est en marche, Chypre est alors à feu et à sang. L'armée turque intervient et Ankara met en place une politique de colonisation. Des Turcs d'Anatolie viennent s'installer à Chypre. En 1974, l'île est divisée en deux par ce que l'on appelle la ligne verte (comme celle séparant Israël des territoires Palestiniens). Mehmet aimerait que la situation s'améliore mais il exprime honnêtement «jamais je ne pourrai oublier, jamais je ne pourrai pardonner». J'évoque alors les relations entre la France et l'Allemagne. C'est complètement différent certes, mais le fait est que les jeunes ne portent plus ce lourd fardeau et la paix est aujourd'hui réelle entre ces deux nations. Nous philosophons alors sur les générations à venir, sauront-elles pardonner les erreurs du passé et aller de l'avant?
Mehmet garde un ton pessimiste mais au fond de lui, on sent qu'il a déjà un peu pardonné, il ne veut peut-être pas se l'avouer. La réunification est déjà en cours. Beaucoup de progrès ont été faits dans cette voie. Les Chypriotes turcs se détachent peu à peu d'Ankara et c'est tant mieux. La Turquie a joué un rôle non négligeable dans ce conflit et leur candidature pour l'Union européenne laisse présager un changement de position. Depuis 2004-2005, plusieurs points de passage ont été ouverts. Le 3 avril 2008, malgré l'opposition de l'armée turque, la rue Ledra dans le centre de Nicosie, coupée en deux par un mur depuis 1974, est enfin réouverte.
Nous n'avons pas encore quitté la Turquie que nous sommes déjà dans l'ambiance de notre prochaine destination. C'est un aspect du voyage par les terres que nous apprécions, les zones frontalières servent de transition.
La traversée maritime vers Chypre
Mehmet nous avait dit qu'il fallait mieux rester dans notre Roulotte pour dormir, c'est ce qu'il fait à chaque fois, et ça fait plus de 30 ans qu'il fait des aller-retours. A peine garés dans le ferry que nous étions déjà au lit! On frappe. Nous nous rhabillons rapidement pour savoir ce qu'il en est. L'homme ne parle pas anglais, je cherche à lui faire comprendre que nous voulons dormir dans notre véhicule. Il reproduit le même geste, tête inclinée posée sur les mains jointes, il s'en amuse et ajoute un bruit de ronflement. Il a compris mais ce n'est pas de cela dont il s'agit. Il effectue d'autres mimes et je saisis que nous devons conduire le camping-car sur le pont supérieur. Laurent s'assit au volant et nous voilà sur un monte-charge géant nous amenant dehors. Un autre homme nous fait des signes afin que nous nous placions exactement là où il nous indique. Notre Roulotte est
ensuite attachée par des sangles épaisses tandis que les camions, de part et d'autre, sont carrément enchaînés. L'air est plus pur ici, nous réjouissons-nous... Ce n'est que plus tard, vers 3h, après une heure de sommeil léger, que nous regrettons de ne pas être en bas! Le vent souffle si fort que nous tanguons violemment de gauche à droite. Nous sommes dans un habitacle que nous connaissons bien mais envahis d'une sensation étrange. C'est comme si notre Roulotte s'était
transformée en péniche sur des eaux agitées! Je ne me sens pas en sécurité mais il pleut et n'ayant fait aucun repérage, où irais-je. Nous ne savons même pas s'il y a des cabines. Mehmet avait l'air de dire que tout le monde restait dans son véhicule. Je ne peux plus dormir et m'occupe tant bien que mal pour vaincre mes angoisses tandis que Laurent reste allongé, relativement zen, comme à son habitude. Les grincements viennent de toutes parts. Nous sommes entre deux énormes poids lourds qui bougent tout autant. Nous devions arriver vers 8h mais à 9h, toujours pas de côte à l'horizon. J'ai fini par sortir sur le pont mais le sol est très glissant et ces gros engins tout autour qui se balancent n'ont rien de rassurant. Vers 11h30, le port est en vue mais les dernières minutes de cauchemar n'en sont pas moins troublantes. Les remous se font plus brutaux que jamais, puis le calme plat. L'ancre est lâchée et nous sommes sains et saufs! Nous
ramassons les affaires et sortons observer les manœuvres. Deux petits bateaux sur lesquels se lit l'inscription pilot nous rejoignent pour nous pousser vers le quai, tout en douceur. Mehmet et son cousin font leur apparition, portant chacun deux gobelets de thé pour nous en offrir un. Nous discutons de cette nuit tourmentée, ils n'ont pas plus dormi que nous. Mehmet nous a cherchés, ils avaient fini par quitter leur caravane vers 3 ou 4h du mat. Il explique que nous avons fait un grand
détour à cause des conditions peu favorables (vents violents). Ils nous racontent ensuite quelques mésaventures qu'ils ont eues avec un Bulgare d'origine turque qu'ils ont voulu aider et qui a failli les dépouiller de leurs biens. Pendant une demi-heure environ, nous bavardons de choses et d'autres. L'amarrage s'éternise, puis les véhicules du premier niveau sortent enfin. Bientôt, nous redescendons par le grand ascenseur.
Grâce à Mehmet, nous nous débarrassons des démarches douanières relativement vite. Mauvaise nouvelle, nous sommes obligés de souscrire à une assurance pour le Nord de Chypre qui, de par son statut particulier, n'est pas intégré à la carte verte. Nous réglons la somme de 65 euros pour un mois. L'un des agents de douane prend l'avion pour Paris dans quelques jours, il emmène sa fiancée passer la Saint Valentin dans la romantique ville lumière. Du coup, il nous assomme de questions. Il veut tout savoir, que devrait-il visiter, pouvons-nous lui indiquer un bon restaurant, etc. Mehmet s'impatiente un peu et, bien que nous ne comprenions pas le turc, nous devinons qu'il lui dit d'accélérer la paperasse. Nous sommes tous épuisés de ce voyage et avons hâte de sortir de la zone portuaire. La Roulotte est inspectée d'un regard furtif. L'un des policiers semble amusé par notre Ford. Il parle turc et le seul mot que nous discernons dans ce flot de paroles est gypsie. Ce n'est pas la première fois qu'on l'entend. Je lui souris «Yes, we are French gypsies». Nous pouvons enfin partir. Mehmet nous tend un papier sur lequel il a écrit son numéro de téléphone. Il ajoute: «If there is ANYTHING, WHEREVER you are, you can call, at ANYTIME and I'll come pick you up.». Le message est clair! S'ensuivent quelques accolades et des remerciements avant que chacun reprenne son chemin... Il nous rattrape pour un dernier conseil: «You know we drive on the left side here, right?». Non, nous ne savions pas qu'on roule à gauche par ici, encore merci Mehmet, tu nous as peut-être évité une catastrophe! Bye. Take care.
À la recherche d'une librairie étrangère sur Nicosie (ou Lefkosia)
Nous n'avons ni carte, ni guide et ne savons absolument pas où aller! Je souhaite simplement me poser au calme pour dormir quelques heures tandis que Laurent est motivé pour aller chercher une librairie. Après avoir longé la côte est sur quelques kilomètres, nous optons pour un demi-tour afin de nous rendre directement dans la capitale, située à 18km seulement.
Arrivés dans la banlieue de Nicosie Nord, nous nous dirigeons au hasard parce qu'aucun panneau n'indique le centre. Finalement gagné par la fatigue et démotivé par le trafic dense en cette heure de pointe, Laurent est d'accord pour s'arrêter. Nous nous garons sur une sorte de terrain vague, un chantier à peine commencé. Il pleut et il y a de la boue partout. Nous passons l'après-midi au chaud dans notre maisonnette. Laurent part explorer les alentours. Il déambule
entre les flaques d'eau sans trop savoir où aller. Il revient bredouille, ni banque, ni librairie. Nous reprenons la route le lendemain matin. Nous choisissons alors un parking payant aux portes de la vieille ville et entamons notre quête. Nous parcourons les rues pavées dans tous les sens, demandons plusieurs fois de l'aide. La piste n'ayant rien donné côté turc, nous nous réconfortons avec un petit déjeuner puis décidons de poursuivre l'enquête côté grec. Nous traversons la rue Ledra, seul point de passage du centre ville, ouvert en avril 2008. Un tampon sur le passeport et nous voilà du côté grec, tandis que notre véhicule est toujours garé
côté turc. Dès la première librairie que nous questionnons, on nous suggère d'aller à Moufflon, une librairie anglophone. Tout le monde semble connaître cet établissement mais ce n'est pas sans mal que nous trouvons enfin la jolie façade discrète, abritant ces enchevêtrements de petites pièces remplies de livres du sol au plafond. Nous achetons le Lonely Planet sur Chypre, ainsi qu'une carte très détaillée sur laquelle figurent tous les noms dans les trois langues (turc, grec et anglais). La charmante dame propose de nous montrer les quelques ouvrages en français qu'elle a en boutique et nous indique également l'emplacement
d'une librairie française que nous cherchons en vain une quinzaine de minutes. Équipés d'un guide et d'une carte, nous rejoignons la roulotte et partons plein sud pour savoir ce qu'il en est des festivités carnavalesques de Lemesos (ou Limassol).
Lemesos et ses environs
Nous trouvons l'emplacement idéal, entre le stade et le parc municipal, au bord de la mer, à 10 minutes de marche de la vieille ville. Avec tous les kilomètres parcourus cette dernière semaine et cette traversée maritime cauchemardesque, nous ne sommes pas au mieux de notre forme. Nous flemmardons. La visite à l'office du tourisme nous permet de connaître le calendrier des festivités, ainsi que plein d'autres informations que nous donne un homme agréable avec lequel nous restons un bon moment à discuter.
C'est ainsi que nous apprenons, par exemple, que les précipitations ont été abondantes cette année. Les trois années précédentes étaient sèches. Il y a deux ans, les Chypriotes ont même été obligés d'importer de l'eau depuis la Grèce. Il nous parle avec une éloquence entraînante, il aime son île! La grande parade marquant la fin du carnaval aura lieu dimanche. Lundi est un jour important pour
les Chypriotes grecs, le fameux green monday qui correspond au premier jour de jeûne du carême. Nous ne mangerons donc que des fruits et des légumes comme tout le monde! Nous quittons l'office du tourisme plusieurs cartes en main et une excitation grandissante pour ce pays. Nous parcourons une quinzaine de kilomètres pour camper sur une plage quasi-déserte, dans la baie d'Avdimou. Le chemin poussiéreux qui y mène est bordé de vignes.
L'homme de l'office du tourisme nous avait affirmé que toute l'île viendrait voir la parade. Du coup, mieux valait arriver le samedi soir pour être sûr de retrouver notre bon emplacement. Nous nous sommes empressés de quitter la Turquie pour assister à ce carnaval. Nous en attendions sans doute trop et fûmes conséquemment un peu déçus. Toutefois, c'était très plaisant de se plonger dans cette farandole de couleurs qui remuait aux rythmes des différentes musiques représentées. Bien que nous ne lisons pas le grec, nous devinions que chaque char ou groupe défilant sous nos yeux représente une école, une institution, une organisation voire une compagnie (sponsoring). Ainsi, plusieurs causes politiques étaient mises en avant, contre le réchauffement climatique, contre les déchets nucléaires, pour la protection de l'environnement en encourageant notamment le recyclage, ou encore contre la mal bouffe, etc. Bref, il y avait de quoi s'occuper l'esprit en admirant les costumes. La parade a duré un peu plus de trois heures.
Vers 18h, nous reprenons la route pour rejoindre notre plage tranquille d'Avdimou ou nous passons encore deux nuits avant de revenir à nouveau à Lemesos. Nous faisons quelques rencontres intéressantes. D'abord, deux couples d'anglais d'une cinquantaine d'années nous accostent en nous complimentant sur notre Roulotte. L'un des couples a voyagé en camion aménagé jusqu'en Malaisie, il y a deux ans. Ils nous donnent pas mal de conseils et nous laissent
leur adresse email au cas où. Nous sommes notamment intéressés par leurs contacts en Malaisie concernant les compagnies maritimes, c'est de là qu'ils ont fait rapatrier leur véhicule en Angleterre. L'autre couple nous conforte dans l'idée de ne pas tenter une visite en Israël. Ils ont tous deux travaillé sur les territoires palestiniens de nombreux mois et ce qui était possible autrefois, ne semble plus trop l'être aujourd'hui. Avant, il était possible de faire tamponner un papier séparé du passeport parce qu'il faut savoir qu'un tampon israélien condamne l'entrée dans de nombreux pays musulmans ne reconnaissant pas cet État. Nous conversons un long moment, puis ils reprennent leur promenade tandis que nous continuons à penser à tout ce qu'ils viennent de nous dire. Plus tard dans la même journée, un jeune chypriote aborde Laurent qui était allé se baigner. Il est très curieux et veut tout savoir de notre maison sur roues, nous lui offrons la visite guidée... On n'en voit pas dans le coin et sa femme aimerait bien qu'ils aient un camping-car. Il revient nous voir dans la soirée et nous envoie même un email pour demander combien nous le vendrions. Du coup, nous nous mettons à imaginer laisser notre Roulotte à Chypre (pas à moins de 20 000 euros!). Nous pensons à la tournure que prendrait le périple si nous prenions une telle décision...
Nous avions pas mal de choses à faire à Lemesos. Premièrement, c'est le port le plus important du pays et nous cherchons toujours un bateau pour le Liban ou la Syrie. Un après-midi, nous pédalons les 4km nous séparant du New Port pour interroger les officiers sur les possibilités. Normalement, ces traversées sont proposées entre avril et octobre. Depuis quelques années (ambiance contre-terrorisme), elles se font rares voir inexistantes. Seuls les bateaux de croisière naviguent ces eaux. L'un des agents nous aide en passant quelques coups de fil. Il trouve quelqu'un qui pourrait emmener notre Roulotte au Liban le 2 mars, mais il ne peut pas prendre de passagers, ce qui nous obligerait à prendre l'avion. Nous notons son numéro de téléphone bien que cette solution ne nous arrange guère.
Un autre problème à résoudre concerne notre bombonne de gaz. Aucun des adaptateurs que nous possédons ne fonctionne avec les bouteilles chypriotes. Jusqu'à présent, nous n'avons eu aucun succès auprès des différents vendeurs auxquels nous nous sommes adressés pour faire remplir notre bouteille française. De fil en aiguille, nous parvenons à récupérer deux numéros de téléphone de représentants des deux principales compagnies fournissant ce mélange
butane-propane. Nous investissons dans une carte téléphonique. Le premier ne parle pas bien anglais et nous avons bien du mal à nous comprendre. Nous tentons avec le second, ça sonne toujours occupé mais avec persistance nous parvenons enfin à avoir quelqu'un. Son anglais étant meilleur, nous notons les indications qu'il nous donne afin d'aller le voir directement et lui montrer notre bombonne. Nous le trouvons sans soucis et il propose de faire emmener notre bouteille à l'usine de Larnaka. «Call me tomorrow at 10am and I'll tell you if it's okay.» Le lendemain, à 10h05, après plusieurs essais car ça sonnait toujours occupé comme la veille, le son de sa voie résonne comme une victoire, il a réussi à la remplir et nous pouvons passer la récupérer! Hourra! Il n'y paraît pas comme ça mais ces démarches peuvent prendre des heures voir des jours! Elles sont aussi l'occasion de rencontres inhabituelles et souvent amusantes.
Nous faisons la connaissance de quatre Finlandais en camping-car qui s'étaient garés à quelques mètres de nous. Nous passons une bonne heure à converser, comparant la situation économique et sociale de nos pays d'origine, échangeant des recommandations quant aux merveilles chypriotes à ne pas rater, etc. Puisque nous étions décidés à nous débarrasser de tout un tas de corvées, nous cherchons également une laverie, trouvée difficilement. En cherchant l'école élémentaire en face de laquelle devait se trouver une laundry, nous faisons justement une de ces rencontres touchantes et inattendues que nous aimons. Un Chypriote de 83 ans qui nous confie tous ces secrets de longévité! Il utilisait plein de petites formules comme «One glass of wine a day keeps the doctors away.» ou encore «Where there is a will, there is a way.» Après une bonne heure de conversation sur le trottoir, il nous donne son numéro de portable afin qu'on l'appelle samedi si nous sommes encore dans le coin. Il nous emmènera visiter des villages alentours. Malheureusement, c'est dans trois jours et nous avions bien l'intention de quitter cette ville dans laquelle nous avons suffisamment trainé. Nous n'avons qu'un mois sur l'île (à moins de repayer un mois d'assurance) et 7 jours se sont déjà écoulés!
Pause culturelle de Pafos: mosaïques et tombeaux
En repartant vers Pafos, nous visitons le château de Kolossi, complètement vide, mais qui vaut le coup d'œil. Puis nous poursuivons avec le site archéologique de Kourio qui surplombe la mer, avant de passer la nuit près de la fameuse plage de Petra Tou Romiou, aussi connue sous le nom de Aphrodite's Rock.
Après quelques heures matinales sur la plage, nous démarrons notre engin pour rejoindre la ville de Pafos dans laquelle se trouvent deux sites intégrés à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Nous nous garons sur le parking situé entre le site archéologique et la Méditerranée. L'intérêt ne réside pas tant dans les quelques pierres et colonnes, c'est surtout pour les mosaïques que les visiteurs viennent. Pafos aurait été fondée au IVème siècle avant Jésus Christ. Les mosaïques datent de différentes périodes des époques hellénistique et romaine. Grâce au guide acheté à Nicosie (ou Lefkosia), nous redécouvrons quelques histoires de la mythologie grecque qu'illustrent plusieurs de ces mosaïques. Par exemple, l'une d'elle représente Narcisse. Vous savez, ce beau jeune homme très attirant qui n'aimait que lui-même et passait son temps à se regarder. Les Dieux ayant pitié de lui l'ont alors transformé en une fleur jaune qui ne pousse qu'à proximité de l'eau, si bien qu'il pourra continuer à admirer son reflet. Lorsque nous terminons la visite, il est 16h. Nous préférons garder les tombeaux pour demain. Nous allons prendre un verre sur le bord de mer avant de rentrer chez nous nous concocter un bon dîner. Le lendemain matin, après avoir examiné la carte, nous optons pour le vélo. Les tombeaux des Rois ne sont qu'à 2 ou 3 km et nous pouvons longer la mer. Ces tombeaux sont datés sur une période allant de IIIème siècle avant J.C. au IIIème siècle après. Contrairement à l'appellation, il ne s'agit pas de Rois mais de membres des hautes classes. Le nom a été choisi parce qu'ils sont si majestueux en apparence qu'ils ressemblent à des tombeaux de Rois. L'architecture est inspirée de l'Égypte ancienne. Le paysage semi-aride dans lequel se trouvent les tombeaux confère au lieu une atmosphère unique, bien différente du reste de l'île. Nous errons sur les sentiers à la recherche des trous permettant d'accéder aux différentes tombes. Le plus grandiose est le tombeau numéro trois, construit avec de hautes colonnes. Heureux de cette balade matinale, nous partons ensuite vers la péninsule d'Akamas.
Exploration de la péninsule d'Akamas: randos et VTT
Nous nous arrêtons à Agios Georgios pour manger une salade que nous composons dans notre maison, qui surplombe maintenant la mer. Il y a une jolie église orthodoxe d'un côté et un petit port de l'autre. L'endroit est paisible et Laurent décide de s'offrir une petite sieste tandis que je descends pour explorer ce morceau de côte très rocailleux. Puis nous roulons vers les gorges d'Avgas, quelques kilomètres plus loin. L'asphalte disparaît pour laisser place à une piste comme on en trouve beaucoup sur l'île (c'est pour ça qu'ils ont tous des 4x4!) Comme à mon habitude, je suis réticente et propose de finir à vélo. Laurent voit les choses
autrement et l'état accidenté de ces chemins caillouteux et poussiéreux ne l'inquiète pas le moins du monde, au contraire il adore!
Il est presque 16h, nous avons donc le temps de marcher à travers les gorges avant que le soleil ne se couche. Le sentier est bien conçu, il y a des indications sur la flore. Au fur et à mesure, les hautes parois calcaires se rapprochent. Nous devons être prudents pour ne pas tomber parce que les rochers à moitié immergés sont glissants. Nous mettons les pieds dans l'eau qui est si claire qu'elle semble complètement invisible à l'œil. Nous arrivons au cœur des gorges, le passage est
étroit. L'eau ruisselle depuis la roche recouverte de végétaux, au dessus de nos têtes. Bientôt nous faisons demi-tour car le soleil est bas. Nous passons une nuit paisible au milieu des arbres, des croassements de grenouilles et des chants d'oiseaux. Il y a un robinet sur l'air de pique-nique où nous campons. Au matin, nous prenons une douche et remplissons nos réservoirs. Deux gros 4x4, acheminant chacun une dizaine de touristes, débarquent. Alors que les gens partent faire la promenade que nous avons faite la veille, les deux chauffeurs s'installent sur la table en bois pour attendre tranquillement leur retour. L'un d'eux lit le journal, l'autre nous accoste, curieux de savoir si les drapeaux collés sur la carrosserie correspondent aux pays traversés. Une conversation s'engage. D'emblée, il avoue «We like them all except this one», montrant du doigt le croissant de lune et l'étoile blancs sur fond rouge (drapeau turc). Puis il essaie de les énumérer un par un. Presque un sans-faute! Il a confondu l'Albanie avec la République Tchèque. «We don't like Albanese either» ajoute-il alors. Il nous offre des fruits dont les fameuses mandarines chypriotes qui sont plus grosses que des oranges, ainsi que des pamplemousses. Il précise qu'il vient de les cueillir dans le verger plus haut qui appartient à l'Église. Il est commun d'aller se servir dans les champs, affirme t-il. La discussion s'anime doucement car nous évitons vite les sujets polémiques. Plus tard, Laurent fait remarquer que c'est étonnant d'être raciste si ouvertement. Grosso-modo, les albanais sont pour eux ce que les africains et les arabes seraient pour nous. Ah oui? Et que sont les africains et les arabes pour nous? Je fais remarquer que les généralités ne sont jamais très bonnes et que nous sommes tous bourrés de stéréotypes parfaitement infondés. Du coup, il change de thème et nous parle des endroits les plus beaux de son île. Lui aussi il l'aime son île! Le groupe revient déjà, ils n'ont pas dû aller très loin.
Bon, allons-y! Nous redescendons vers la plage pour nous faire un petit encas avant de prendre les VTT et explorer la réserve naturelle de Lara. Nous recroisons les deux 4x4 et l'homme avec qui nous avions dialogué s'arrête pour nous faire remarquer que le rocher sous nos yeux a une forme de tortue. C'est pour ça que cette baie s'appelle Turtle Bay (enfin, c'est aussi parce que les tortues viennent s'y reproduire). Nous avons longé la côte sud de la péninsule à vélo, il est temps d'aller découvrir le nord! Remontons dans la Roulotte, direction les bains d'Aphrodite!
Nous parcourons 35km en passant par des petites routes pour traverser quelques villages soi-disant pittoresques. Avec l'altitude, le temps se dégrade et nous voilà enveloppés d'une brume plus ou moins épaisse qui ne permet pas toujours d'apprécier convenablement le panorama. Les trois villages traversés sont dans le brouillard. Ils semblent quasi déserts et nous ne prenons pas la peine de nous y arrêter. Nous poursuivons vers les fameux bains d'Aphrodite, situés à l'extrémité
ouest de la route longeant la côte nord de la péninsule d'Akamas. Il est presque 17h lorsque nous arrivons. Après un repérage rapide, nous nous garons dans une zone verdoyante sur laquelle est dispersée une vingtaine de caravanes inhabitées, voir abandonnées pour certaines. Quelle atmosphère étrange! Pour y accéder il faut passer par une piste accidentée mais la distance est très courte et ça vaut la peine car la vue est splendide! Voilà, notre campement est prêt pour quelques jours de randonnée.
C'est la meilleure saison pour profiter de la nature chypriote, ça correspond au printemps de chez nous. Les températures sont douces et il y a encore quelques précipitations. Le paysage est vert et parsemé des couleurs vives de la floraison printanière. Dès le mois de mai, le soleil sera si fort que la couche végétale s'amoindrira pour devenir un tapis d'herbe sèche. Le sentier d'Aphrodite nous séduit pour ses vues imprenables sur toute la péninsule. Nous faisons quelques détours par rapport au balisage, notamment pour gravir le sommet. Arrivés au croisement des deux sentiers dont notre guide parlait, nous réalisons que nous avons fait le chemin à contre sens. Nous sommes à présent dans un sous-bois dont le sol est couvert de feuilles mortes, c'est curieux on se croirait soudainement en automne! Nous jetons un œil aux ruines d'un monastère à travers lesquelles déambule un grand lézard que nous observons comme deux enfants ébahis. La pancarte indiquant les bains (pour rentrer) n'est pas claire. Faut-il suivre la rive droite ou gauche de cette rivière? Bon, essayons à droite. Les crottes de biques auraient dû nous mettre sur la piste. Cette mince bande de terre dépourvue de végétation, qui serpente à travers les arbustes épineux n'est pas un chemin de randonnée. Ce minuscule sentier est le résultat d'un piétinement répété, celui des nombreuses biquettes qui arpentent inlassablement ces collines en faisant tinter leurs clochettes. Nous en avons croisés tout un troupeau, plus haut, vers le sommet. Au bout de 500m, il devient évident que nous nous sommes plantés! Demi-tour, nous rencontrons quatre Hollandais, l'un d'eux s'adresse à nous pour connaître le chemin. Nous sommes sûrs à présent, c'est par là! Bientôt nous apercevons la Roulotte depuis les hauteurs. Cela fait environ quatre heures que nous marchons. Retrouver notre campement est un véritable plaisir! Grâce à l'ensoleillement, nos panneaux solaires comblent nos besoins énergétiques. Nous ne sommes plus obligés d'aller dans les bars pour recharger nos appareils. Nous installons nos chaises hamacs face au bleu infini des eaux et du ciel, nous profitons du moment.
Le lendemain, de gros nuages flottent au dessus de nous, l'air est plus frais. Nous préparons le pique-nique et chaussons pour aller sillonner le sentier d'Adonis qui s'enfonce à l'intérieur de la péninsule. Cette fois-ci, nous savons exactement où aller et les 7,5km sont vite foulés. Malgré la fraîcheur, nous nous asseyons dans une petite clairière pour déguster nos sandwichs avant d'entamer la descente qui nous ramène vers les bains. Tiens, nous apercevons enfin la Roulotte. Quelques secondes et quelques mètres suffisent à placer
sous nos yeux un autre véhicule que nous connaissons, c'est Andy, le van Mercedes de nos amis Audrey et Vincent, rencontrés il y a deux mois en Grèce! Nous ne les avions pas recroisés en Turquie et voilà que nous les retrouvons ici. Plus motivés que jamais, nous accélérons la cadence pour être sûrs de ne pas les rater. Arrivés sur le parking, nous frappons à leur porte, mais pas de réponse. Nous laissons un mot sur le pare-brise et rentrons chez nous. Le temps d'une
douche et les voilà qui s'approchent. Eux aussi nous ont repérés depuis les hauteurs. Nous avons tant de choses à nous raconter. Après ce flot de paroles, Audrey et Vincent proposent d'aller faire des courses dans la ville la plus proche, Polis. Ils reviennent se garer près de nous, nous avons de quoi les régaler avec une plâtrée de spaghettis à la bolognaise. Nous passons une agréable soirée dehors, à la lueur d'une lampe à gaz, bercés par le ressac de la mer, à partager nos aventures.
Au petit matin, nous avons tout juste le temps d'apprécier le petit déjeuner qu'il se met à pleuvoir. Audrey crochète, Vincent installe la pompe à eau dont nous leur faisons cadeau car la leur est en panne, puis il nous aide à résoudre le problème d'adaptateur (pour les prises électriques) que nous avions. Nous décidons de rejoindre Polis afin de nous installer tranquillement dans un café avec une connexion wifi. Ils nous rejoignent plus tard et nous passons l'après-midi ensemble au
café. Nous poursuivons les échanges, nous leur expliquons où aller pour le gaz, etc. Nous passons la nuit en dehors de la ville, près de la mer mais la pluie nous empêche de sortir la table et chacun reste dans son petit chez soi. Le lendemain, Audrey et Vincent reprennent la route. Nous nous retrouverons sans doute, si ce n'est sur l'île, au retour en Turquie. Les gens du café de la veille nous ont mis en garde concernant la grève des pompistes qui pourrait durer 8 jours! Audrey et Vincent étant sur la réserve, nous leur vendons les 10 litres de notre jerrican de secours, au cas où... Bonne route! A plus! Les averses incessantes donnent lieu à d'énormes flaques de boue et chaque déplacement est une vraie aventure! Nous retournons au café de la veille car le manque d'ensoleillement ne nous permet plus de recharger les batteries d'ordinateurs. Nous retrouvons les habitués anglophones avec qui nous avions sympathisé le jour précédent. Puis, nous choisissons un autre emplacement sur la plage, pour éviter la boue.
La traversée de l'île en une journée pour atteindre Larnaka
Il va encore pleuvoir aujourd'hui mais nous ne voulons pas perdre de temps parce que nous devrons bientôt quitter l'île et nous n'en avons pas encore fait le tour! Audrey et Vincent nous ont parlé du centre culturel français de Nicosie où ils ont ouï-dire que l'école française serait peut-être intéressée par des candidatures d'enseignants. Du coup, nous y allons en traversant le nord du massif de Troödos où nous souhaiterions randonner mais dans des conditions météorologiques plus favorables (nous essayerons de revenir dans quelques jours)... Nous nous
arrêtons tout de même au monastère de Kykkos que nous ont suggéré nos amis. Le musée est trop cher pour nos petites bourses mais nous prenons plaisir à admirer les nombreuses mosaïques et peintures dans les couloirs, ainsi que dans la chapelle à l'intérieur de laquelle tout semble recouvert d'or! Les températures sont en baisse, l'air est chargé d'humidité et la brume cache le paysage. Nous arrivons dans la capitale et trouvons facilement le centre culturel français. Il a
tellement plu qu'une grande partie des routes est complètement inondée! Après avoir pris contact et nous être rendus compte qu'il y avait peu de chance que nous trouvions une opportunité de travail dans les 10 jours à venir, nous reprenons la route en direction de Larnaka, situé au sud-est.
Nous apercevons un gigantesque supermarché carrefour dans lequel nous nous précipitons pour nous réapprovisionner. Oui, on y trouve de la moutarde de Dijon et du beurre demi-sel, quel luxe! Nous arrivons enfin à Larnaka, épuisés d'avoir traversé toute l'île d'ouest en est, qui plus est dans des conditions difficiles. Est-ce par chance ou simplement par expérience que nous trouvons l'emplacement idéal? Nous passons une nuit très calme dans un parking aménagé dans une
immense arrière-cour de la vieille ville, à deux pas de la cathédrale Saint Lazare. Nous sommes même réveillés par le doux chant des oiseaux tandis que le trafic est dense dans les rues étroites du quartier turc. Il n'y avait personne lorsque nous sommes arrivés vers 20h30 mais un homme est à présent posté dans la cabine, à l'entrée du parking. Il est inscrit en gros 2 euros, et nous savons que nous n'y couperons pas mais qu'importe. Nous vagabondons quelques heures, allons acheter des tomates au marché et cherchons désespérément une boulangerie. En passant devant une galerie d'art, nous contemplons les œuvres d'un certain Théo, qui sort de sa boutique, venant à notre rencontre. Du coup, nous discutons et il nous invite à l'intérieur pour nous montrer son atelier et nous confier quelques secrets artistiques. Il est Grec, a grandi en Angleterre et la charmante femme qui l'accompagne est d'origine allemande. Ils sont arrivés ici il y a trois ans et apprécient leur nouvelle vie d'artistes (car ils ne l'étaient pas avant!) Nous sommes bientôt rejoints par un couple d'Anglais qui viennent prendre une leçon de dessin avec Théo. Nous voilà à présent en pleine conversation, racontant nos aventures et notre projet. Elle est justement enseignante! Les paroles fusent avec enthousiasme puis nous finissons par prendre congé, pour les laisser à leur leçon. De retour à la Roulotte, nous prenons un bon petit déjeuner avec du pain frais (il est déjà 12h!) puis nous partons en
faisant signe au vieil homme. «Thank you. Bye bye.»
Nous nous dirigeons vers l'ouest pour voir le lac salé sur lequel pataugent quelques majestueux flamants roses puis nous allons à pied visiter Hala Sultan Tekkesi, la plus ancienne mosquée de l'île, au bord du lac. Après cette agréable promenade, nous mettons le cap vers l'est pour explorer le cap Greco où nous passons une nuit paisible.
Retour à Chypre Nord autour de Famagusta
Bien que le Lonely Planet indiquait un checkpoint dans ce coin, nous redoutions d'être obligés de retourner à Nicosie, où des personnes nous avaient affirmé qu'il n'y avait pas d'autres passages possibles entre le Nord et le Sud. Inutile de préciser que la signalétique est quasiment nulle et c'est au feeling que nous nous dirigeons. Nous arrivons dans une base militaire anglaise, vous a-t-on raconté qu'il y a deux zones sur l'île qui appartiennent toujours à la couronne? Et oui, plutôt malin les British, ils ont négocié certains droits avant de rendre leur indépendance aux Chypriotes! Oh, nous ne jugeons pas, les Français sont dans le même panier en ce qui concerne la colonisation... Bref, dans le bénéfice du doute, nous arrêtons le véhicule pour nous adresser à un officier qui nous conforte dans notre choix. Nous poursuivons quelques mètres avant d'apercevoir les drapeaux rouges et blancs, ceux de la République turque de Chypre et de la Turquie. Nous changeons de mode, remplaçant le «Yasas!» (bonjour en grec) par un «Meraba!» (bonjour en turc) bien accueilli. Les douaniers semblent heureux de la distraction, ce n'est pas tous les jours qu'ils voient défiler un camping-car jaune et vert dans ce No man's land!Ils y vont de leurs remarques et de leurs conseils. Nous devons absolument visiter Famagusta disent-ils, son château, ses remparts, etc. «Ok, we're going now! Thank you.»
Le ciel est nuageux. Nous nous garons près des gigantesques murs vénitiens entourant la vieille ville dont il ne reste que quelques édifices. Nous pénétrons dans la mosquée Lala Mustafa Pasa qui était à l'origine une cathédrale gothique largement inspirée de celle de Reims, en France. Construite à la fin du XIIIème siècle, cette cathédrale a été transformée en mosquée dès 1571 après l'invasion ottomane. Un minaret a alors été installé sur l'une des tours, conférant au monument une
particularité intéressante. Nous arpentons les rues, à la rencontre de quelques bâtisses de pierre plus ou moins en ruine, dispersées à travers des habitations modestes et récentes. Petite pause dans un café, le temps de bavarder avec quelques locaux mais aussi avec un Anglais. Il connait l'île depuis tout petit et s'y est installé depuis plusieurs années. Il vit dans le Sud mais passe souvent ses journées au Nord. C'est le premier Anglais rencontré qui prend délibérément partie pour les Turcs. Il nous suggère d'aller visiter quelques villages alentours dans lesquels il y eut des massacres collectifs dont on n'a trop peu parlé d'après lui. En partant, nos nouveaux amis nous souhaitent une bonne route, nous leur avions raconté un peu notre aventure.
Nous décidons de parcourir les quelques kilomètres nous séparant du site archéologique de Salamis afin d'être au calme. Nous arrivons sur une plage, parfait. Quatre jeunes essaient d'ouvrir une voiture auprès de laquelle se trouve un quad. Ils ont laissé les clefs dedans par inadvertance. «Hello! Do you have a lamp?» Il fait nuit et ils n'ont que la lumière de leurs téléphones portables pour s'éclairer. Nous leur prêtons une lampe qu'ils nous rendent un quart d'heure plus tard avec une
petite démonstration de quad sur deux roues! Puis ils s'en vont. «Bye bye». Nous nous réjouissons de la quiétude. Ce n'est que plus tard, vers 1h du mat que nous réalisons que l'endroit est prisé par les jeunes qui s'y retrouvent pour discuter et écouter de la musique très fort! Laurent craque, il sort demander gentiment qu'ils baissent le volume. Ces derniers s'exécutent et s'en vont peu après. Le
lendemain, Laurent n'est pas du tout motivé pour aller visiter le site, encore des ruines! Je décide d'y aller seule. Pour une fois, le billet inclut un guide professionnel, génial! «English, German or Turkish» précise le monsieur. Une charmante jeune femme la rejoint, elle était prof d'anglais avant d'exercer ce métier. Je suis ravie de regarder ces pierres en ayant toutes ces explications. Ziba illustre la visite de nombreuses anecdotes croustillantes, par exemple sur les
réunions qui se tenaient dans les latrines! Après deux heures, la visite guidée se termine mais ayant bien sympathisé avec Ziba, nous nous installons sur une table de pique-nique pour partager quelques morceaux de fruits et quelques morceaux de vies. La matinée s'éclipse, il est 12H30 lorsque je rentre à la Roulotte. Laurent ne regrette rien, il s'est bien occupé de son côté. Nous repartons. Petite pause au
monastère Saint Barnabé qui a été transformé en musée archéologique avec une partie consacrée aux icônes dans ce qui était autrefois un lieu de culte orthodoxe. Trois frères y vivaient depuis 1917. Peu après la partition de l'île, établie en 1974, ils quittèrent les lieux. Les Grecs vous diront qu'ils ont tenté de rester mais la pression turque étant devenue trop grande, ils ont été obligés de partir en 1976 afin de s'établir dans un autre monastère de la partie sud. Les Turcs racontent
qu'ils sont partis simplement car ils devenaient trop vieux. Bref, un exemple typique des rivalités entre ces deux communautés. Qui devons-nous croire? Les villages mentionnés par l'Anglais rencontré la veille ne sont pas signalés, nous poursuivons tout de même dans la direction indiquée par ce dernier. Puis, sur le bord de la route, au milieu des champs, se dresse un mémorial pour les victimes de ce massacre commis par les Grecs. Des photos d'époques sont affichées, elles représentent des gens encerclant des trous dans lesquels gisent plusieurs cadavres. Apparemment, les tueurs seraient allés jusque dans les écoles pour assassiner en masse des enfants et des femmes. Une pancarte indique «Mass grave», nous poursuivons. Le chemin s'arrête dans une parcelle agricole, aucune information supplémentaire. Est-ce l'endroit où ils ont déterré tous ces corps? Peut-être. Nous nous éloignons, un peu déçus de ne pas en savoir plus.
Péninsule de Karpas: petit coin de paradis pas encore envahi par le béton!
Nous entamons notre exploration, le bitume fait régulièrement place à des pistes poussiéreuses. Nous slalomons entre les nids de poule. Deux jours durant, nous parcourons cette péninsule, longeant souvent la mer, nous enfonçant parfois dans son étroite bande de terre. Les nuits sont calmes. Nous jalonnons entre les collines vertes. Chaque tournant est une nouvelle découverte. Les nuances bleutées de la Méditerranée sont variées. Certaines baies sont
teintées d'eaux cristallines ou turquoises. Nous roulons vers la pointe pour ressentir cette impression de bout du monde. Quelques kilomètres avant de pénétrer dans le parc national, créé pour protéger les mules sauvages qui vivent encore dans cette zone, nous admirons une longue plage de sable fin bordée de dunes (Golden Beach). Il y a là un monastère orthodoxe devenu lieu de pèlerinage. Sa réputation est dûe aux miracles qui s'y seraient produits dès sa
fondation au milieu du XVIIème siècle. On raconte qu'un capitaine de navire venu de Palestine y aurait recouvré la vue. D'ailleurs la cécité et l'épilepsie sont les maux les plus répandus chez les pèlerins venant dans cet endroit reculé de l'île. Ces pèlerinages, qui se déroulent deux fois par an, furent longtemps la seule situation pour laquelle les autorités turques acceptèrent de laisser passer les Chypriotes grecs.
Nous quittons la péninsule progressivement en empruntant un chemin différent qu'à l'aller. Le lendemain, nous gravissons la montagne pour atteindre le château de Kantara, depuis lequel on peut voir toute la péninsule. Malheureusement, plusieurs nébuleuses flottent dans les airs, obstruant quelque peu la vue. Le panorama n'en est pas moins saisissant. Le soleil se couche bientôt. Lorsque nous retournons au parking, il n'y a plus personne, même pas le gardien. Nous
redescendons vers Kaplica, roulons encore un peu en direction de Girne et passons la nuit au bord de l'eau.
Journée de corvées et pause enchanteresse à Saint Hilarion
Nous devrons partir lundi, dernier jour de validité de notre assurance pour le véhicule. Nous préférons passer au port réserver les billets et puis nous voulons laver du linge. Par chance, nous trouvons une laverie 200 mètres avant d'arriver au port, parfait! La jeune femme ne parle pas anglais. Elle sort son portable, appelle un de ses amis et nous tend l'appareil. Quelques minutes plus tard, nous sommes au point. Le prix est fixé et nous viendrons récupérer le linge propre le jour même à 16h. Nous enchaînons et sommes bientôt devant le guichet de la compagnie maritime. Nous effectuons la réservation et notons l'heure de départ. Bon, nous avons le temps de gravir une autre montagne avant de repasser à la laundry, direction Saint Hilarion!
Les écriteaux racontent que ce château aurait inspiré les illustrateurs de Disney qui ont créé l'animation de Blanche Neige et les sept nains. C'est vrai qu'il s'en dégage quelque chose de féérique. Organisé sur trois niveaux, il offre des vues imprenables sur la péninsule de Karpas et la ville de Girne (ou Kyrenia). Nous errons dans les nombreuses chambres tout en nous approchant petit à petit du sommet. Après ces instants magiques dans les entrailles de cette forteresse
abritant un enchevêtrement de pièces, nous fonçons à la laverie où nous attendent nos baluchons qui embaument à présent des senteurs fleuries. Pas de temps à perdre, nous retournons dans le sud, passeport en mains. Nous faisons un petit détour pour faire le réapprovisionnement au carrefour près de Nicosie puis nous mettons le cap vers le massif de Troödos, que nous n'avions pu explorer à notre gré à cause des conditions météorologiques déplorables, il y a 10 jours. Le soleil a disparu alors que nous poussions un caddy rempli de nourriture dans les interminables rayons de ce grand supermarché. Nous nous éloignons de la zone urbaine. Tiens, une pancarte indiquant un monastère, allons-y, c'est toujours calme ces endroits là! Dès le lendemain matin, nous reprenons la route.
Troödos, les sommets chypriotes
Il y a maintenant trois semaines, lorsque nous nous renseignions auprès de l'office de tourisme de Lemessos, on nous avait déconseillé de randonner à Troödos en cette saison: neige, crevasses, et froid. Puis, nous avions retrouvé Audrey et Vincent qui en venaient. Ils nous assurèrent que les routes étaient praticables et le soleil brillant, il n'y faisait pas si froid. Voilà qu'il s'était mis à pleuvoir plusieurs jours et des locaux nous avaient affirmé qu'il neigeait sans doute là-haut. Tout ça pour dire que nous avons accéléré le rythme depuis une semaine afin de revenir par ici profiter de l'environnement montagnard chypriote.
Il y a de la neige sur le bord des chemins et sous les arbres. Nous optons pour un petit sentier car la journée est bien avancée. Nous marchons d'abord sur une vieille route goudronnée qui ne sert pratiquement plus, puis nous longeons une rivière jusqu'aux cascades nommées Caledonian. Cette ballade nous ayant mis en appétit, nous rentrons manger à la Roulotte. La nuit est fraîche, nous n'étions pas descendus à 5° depuis bien longtemps! Le jour suivant nous nous garons à l'entrée du sentier d'Artemis qui serpente autour du sommet, le Mont Olympus. Nous contemplons le paysage depuis cette zone plantée de pins et de cyprès. Un pin géant fait l'objet d'une attention particulière et l'écriteau précise qu'il a plus de 500 ans. Cet arbre était une jeune pousse lorsque Magellan entreprit son grand voyage, soulignait le texte. Magellan n'est d'ailleurs jamais passé par Chypre? Cette information suscite quelques réflexions. Elle nous rappelle à notre condition humaine. Le temps que chaque homme passe sur la terre est bien mince comparé à cette nature qui nous entoure. Nous foulons des roches qui sont là depuis de nombreux millénaires! Nous tâchons de ne pas confondre le sentier avec les pistes de ski qui l'entrecoupent à plusieurs reprises. Mais nous finissons par en perdre la trace. Est-ce parce que nous sommes distraits par les Chypriotes venus, en famille ou entre amis, profiter des derniers flocons pour faire des bonhommes de neige? C'est samedi aujourd'hui, les chypriotes adorent se promener au grand air et faire des pique-niques. Finalement, nous n'avons fait que deux randonnées relativement courtes mais très plaisantes. Il nous reste deux nuits et nous voulons les passer au chaud, sur la côte.
Péninsule de Koruçam, un autre bout du monde
Nous partons alors vers le seul brin de terre que nous n'avons pas encore foulé sur l'île, la péninsule de Koruçam, au nord-ouest. Pour se faire, il nous faut à nouveau franchir un checkpoint. Cette fois-ci nous traversons une zone onusienne avant de présenter nos passeports aux officiers de la République turque de Chypre Nord. Nous roulons ensuite à travers une plaine, quelques bourgades puis des collines verdoyantes parsemées de petites fleurs jaunes. Nous montons en altitude pour découvrir un petit lac puis redescendons vers la côte. Nous y voilà, une succession de plages désertes et d'affleurements rocheux. En plein virage, nous tournons à droite sur une piste de terre nous amenant dans l'endroit que nous sélectionnons pour accueillir nos derniers rêves chypriotes. Le départ approche et nous décidons de nous enivrer en partageant nos meilleurs souvenirs et nos impressions sur la situation politico-sociale chypriote.
Pour clore le chapitre chypriote
Ce que nous avons le plus apprécié ici, c'est la nature! L'expérience aurait sans doute été très différente en pleine saison touristique, lorsque les températures atteignent des sommets! Le camping-car est idéal pour explorer l'île, il l'aurait été davantage avec quatre grosses roues motrices parce que les meilleurs endroits ne sont accessibles que par des pistes! Pour ceux qui voudraient monter un business, Chypre serait parfait pour la location de camping-cars! D'ailleurs, de nombreux Chypriotes semblaient en admiration devant notre Roulotte. Elle est belle certes, mais c'est surtout le concept qui leur plaisait. On n'en trouve pas par ici. Une idée qui pourrait intéresser quelqu'un? Bon, peut-être que les démarches administratives et légales seraient compliquées, à moins de nous en tenir à la partie sud, la plus touristique et intégrée dans la communauté européenne (et encore, certains Anglais installés depuis des années nous ont relaté pas mal de complications).
Les distances sont courtes et pourtant, nous avons parcouru 1610kms! Aussi bien au nord qu'au sud, nous sommes passés devant plusieurs casernes militaires, turques, grecques et anglaises. Il serait intéressant de connaître le pourcentage de la population qui est directement ou indirectement lié à ces activités! Il paraît que les ouvertures de checkpoints sont récentes (2004-2005) et certains locaux ne semblent même pas au courant des différents points de passage. Peut-être qu'être étranger nous a facilité les choses mais nous n'avons jamais rencontré de difficultés et l'accueil a toujours été chaleureux, des deux côtés.
Cette ligne verte disparaîtra-t-elle un jour? Nous le souhaitons! Plusieurs jeunes Chypriotes grecs et turcs partagent cet avis. Ils n'ont pas la même religion mais des traditions communes liées à leur identité insulaire. Les atrocités commises finiront bien par être pardonnées et puis, l'Europe sera peut-être la clé du problème (surtout si la Turquie intègre la communauté). Il n'y a pas de différences majeures entre le nord et le sud mais l'ambiance y est distincte: grosso modo, le sud ressemble à la Grèce, et le nord à la Turquie.
Retrouvailles, nous quittons l'île avec nos amis Audrey et Vincent
Le jour du départ, nous prenons la route vers 8h pour rejoindre le port de Girne à une trentaine de kilomètres. A 9h, billets en poche, nous retournons nous installer dans la Roulotte pour prendre le petit déjeuner sur le parking avant de pénétrer dans la zone portuaire pour d'interminables démarches douanières. On frappe à la porte, qui ça peut-être? Audrey et Vincent! Nous pensions les attendre en Turquie parce qu'ils avaient deux jours supplémentaires pour l'assurance mais finalement, ils sont là! Malheureusement nous ne sommes pas sur les mêmes bateaux et nos vaines négociations n'aboutissent point. Pas de tournoi de Uno comme lors de la traversée entre Athènes et l'île grecque de Chios, ce n'est que partie remise! On se retrouve à l'arrivée, à plus!
Les Baluchons sur les routes de Chypre:
Superficie: 9 251 km² (dont 3 355 km² pour la République turque du Nord) Population: 796 740 Population urbaine: 70% Capitale: Nicosie
Frontières terrestres: entre la République turque du Nord et le Sud 150 km Littoral: 648 km Point culminant: Mont Olympe, 1951m
Pays frontaliers: situation insulaire, île divisée en deux (occupation turque dans le Nord) + deux territoires d'outre-mer britanniques, Akrotiri et Dhekelia
Type de gouvernement: République Constitution: 1960 + amendements
Fête nationale: 1er octobre et 15 novembre (Nord)
Le 1er octobre commémore la proclamation d'indépendance de la République de Chypre en 1960. Dans la partie turque (Nord) la célébration d'indépendance est celle du 15 novembre 1983.
Force de travail:
Agriculture: 8.5%
Industrie: 20.5%
Services: 71%
Espérance de vie: 78.33 ans
Homme: 75.91 ans
Femme: 80.86ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: ND
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: euro (Sud), lire turque (Nord) Distributeurs: largement répandus Paiement par visa/mastercard: acceptés
Prix moyen litre de diesel: 0.85 € bouteille eau minérale (1.5L): 0.20 € un café: 1 € un demi: 1 €
Indicatif téléphonique: 357 Indicatif internet: .cy Fuseau horaire: +2 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 15 Routes: 14 630 km (12 280 km dans la partie Sud et 2 350 km au Nord) Voix ferroviaires: ND Voix navigables: ND