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Kilomètres parcourus: 955 kms
Mais où sont nos passeports ?
En arrivant à la frontière croate, nous fûmes surpris de voir des postes de douane. Au risque de vous paraître incultes, nous pensions que la Croatie faisait partie de l'Union Européenne! Et bien, nous nous trompions (une fois n'est pas coutume!). Pour la première fois, nous avons dû sortir les passeports... tiens, mais où sont-ils? Bien rangés au fond d'un placard. Côté slovène, l'homme nous regarde rapidement en attrapant les passeports que Laurent lui tend à travers la fenêtre baissée... Il les regarde à peine et acquiesce de la tête en signe d'approbation. Quelques mètres plus loin, nous sommes face à une femme, côté croate. Elle jette un œil plus consciencieux à nos documents et nous questionne « where are you going? ». Laurent, sourire aux lèvres lui répond simplement « in Croatia ». Elle esquisse à son tour un léger sourire puis réitère sa demande. J'opte pour la ville la plus proche « Pula ». Elle nous fait comprendre que ce n'est pas la meilleure saison (bah oui, c'est une station balnéaire et la saison touristique est bel et bien terminée). Nous effectuons tous deux le même mouvement d'épaules vers le haut, comme pour dire «tant pis, on s'en accommodera». Elle redonne les passeports à Laurent qui la remercie tout en refermant la fenêtre... ça y est, nous sommes en Croatie.
Rencontre avec Willi et Yasmin
Nous sommes arrivés un samedi, jour idéal pour profiter de la vie nocturne! C'est l'adorable village de Porec qui accueillait nos premiers rêves croates. Nous trouvons une place sur le parking de la poste, à l'entrée du vieux centre piéton. La soirée commence par un de nos petits plaisirs hebdomadaires, une partie de Yatzee-apéro. Au bout d'une heure et demie, la partie se termine. Pour échapper à l'exiguïté de la roulotte et savourer sa victoire, Laurent décide d'aller faire
un tour en bord de mer et dans les rues pavées du centre. Je le rejoindrai plus tard. Vers 21h30, nous nous retrouvons dans un bar pour boire un verre. Alors que le bar allait bientôt fermer, Laurent s'adresse à l'une des serveuses en anglais, en quête de réponse concernant la non adhésion de la Croatie à l'Union Européenne (ça nous titillait depuis notre arrivée). Tout en continuant son nettoyage, elle nous confirme que la Croatie n'en fait pas partie. C'est à ce moment précis que débuta notre rencontre avec Willi et Yasmin qui eux, contrairement à la serveuse, avaient bien envie d'en discuter...
Willi est le plus bavard sur les sujets politiques, il a 36 ans et se considère déjà comme « vieux ». Nous le rassurons en donnant nos âges respectifs, 30 et 34 ans. S'il nous parle de son âge c'est qu'il reconnaît tout de même que l'Europe pourrait être avantageuse pour les jeunes. Nous lui précisons que nous nous incluons encore dans cette catégorie...l'âge est un état d'esprit! Il sourit. Il nous explique que le gouvernement voudrait intégrer l'UE mais la population aurait répondu non à plus de 70%. Nous argumentons en faveur de l'Europe et lui précisons qu'en France aussi il y avait eu des réticences... « Oui mais nous, nous devons déjà régler d'autres problèmes. » Ah oui, c'est vrai. La guerre est terminée depuis 15 ans à peine et les cicatrices sont encore visibles. Nous ne l'avions pas tant ressenti en Slovénie car la situation y est très différente. Avant que nous puissions approfondir nos opinions, la serveuse nous dit clairement qu'elle n'a pas l'intention de dormir là alors nous sourions et sortons poursuivre la conversation dehors. Pendant quelques minutes, nous parlons d'autre chose. Ils veulent savoir où nous logeons et si nous avons quelque chose de prévu. Il nous propose de nous joindre à eux pour découvrir l'ambiance d'une disco locale qui passe de la musique serbe. Ok, allons-y!
Nous finissons par nous nommer et les dialogues se croisent entre nos quatre personnes alors que nous nous enfonçons dans les ruelles étroites. À l'entrée du club Capitol, Willi essaie de négocier la gratuité pour nous (eux ne payent pas, ils connaissent bien les vigiles... ils sont barman saisonniers) En vain. Nous lui faisons savoir que nous apprécions sa démarche. De toute façon le prix est raisonnable, 3 euros par personne. Du coup, Willi part chercher la première tournée d'une bière locale pas trop forte. Nous offrons la suivante. À tour de rôle nous nous renvoyons les invitations. Yasmin est le plus jeune, 21 ans, et il vient tout juste d'arriver à Porec pour y rejoindre sa petite-amie qui travaille ici (lui, il cherche du boulot). Avant de subir une opération chirurgicale au genou, il travaillait sur un bateau de croisière, l'une des plus grosses compagnies américaines (Carnival). Il espère repartir plus tard car ça lui plaisait de parcourir le monde. Il s'occupait d'animer les soirées à bord et nous l'imaginons facilement car il a tout a fait le profil du "beau gosse"!. Il est déjà allé en France, à Lyon. Il évoque le romantisme de la ville lumière et nous ne pouvons qu'approuver, Paris est une ville incroyablement belle.
Tous deux connaissent toutes les paroles des chansons. Petit à petit, le lieu se remplit et les rythmes balkaniques, regorgeant d'une forte influence orientale, nous font vibrer. De temps en temps, Yasmin nous traduit quelques paroles. Tout le monde reprend en cœur certains couplets et refrains, il règne une atmosphère joviale, dépourvue de toute prétention. Ces chansons parlent surtout d'amour (et on ne fait pas plus international que l'amour!), parfois de liberté... Bercés par la musique, nos corps suivent le mouvement. Nous nous amusons du prénom de Yasmin qui ressemble à un prénom féminin par chez nous. Ici, le Y se prononce J et il nous propose bientôt de le surnommer, comme ses amis le font, «Yas» autrement dit «Jazz». Jazz semble éviter certains sujets, il a vécu sa jeune enfance dans un pays en guerre et tout ce que nous apprenons véritablement de lui, c'est qu'il est né en Macédoine et qu'il n'a pas été élevé par ses parents.
Willi est un très bon danseur et il nous abandonne parfois pour enflammer la piste. Lui, il est né en Allemagne mais vit dans les Balkans depuis toujours. Il parle de l'époque Tito comme financièrement meilleure (il n'avait pourtant que 7 ans lorsque ce personnage qualifié de dictateur est mort). Il dit qu'il vivait mieux avant la guerre et il généralise un peu son cas. C'est dur de trouver du boulot maintenant et les loyers sont chers. Il semble nostalgique et attaché à l'État multiculturel (et communiste) qu'était la Yougoslavie. Il pense que la Croatie n'est pas prête à entrer dans l'Europe notamment car la corruption y est importante. Il défend d'ailleurs ce « black market » sans lequel bien des gens ne survivraient pas d'après lui... c'est en partie pour cela que l'euro lui fait peur. Et puis, comme il le dit si bien, il suffit d'aller en Slovénie! Nous ne sommes qu'à quelques kilomètres de la frontière et les croates peuvent y entrer sur simple présentation d'une carte d'identité. L'autre argument qui revient est celui des conséquences de la guerre. D'après Willi, il reste encore beaucoup de politiciens au pouvoir qui ont un lien direct avec certaines des atrocités commises pendant cette période sanglante. La Croatie a refusé de livrer certains individus au tribunal pénal international de La Haye où ils auraient dû être jugés pour violations graves du droit international humanitaire... Nos échanges se poursuivent ainsi plusieurs heures, entrecoupés de quelques danses endiablées. Nous sommes bien. Lorsque nous décidons enfin de nous retirer dans notre roulotte, Willi et Yasmin notent leur numéro de portables sur un morceau de papier, proposant de nous faire visiter le coin le lendemain... Peut-être.
Le jour suivant, nous émergeons doucement d'un sommeil profond. La nuit enivrée fait place à la fatigue et nous passons la journée comme un dimanche, tranquillement...
Nuits paisibles à Rovinj
En cette fin de dimanche paisible, nous reprenons la route pour une vingtaine de kilomètres seulement. Rovinj est un autre petit village de pêcheurs ou nous passerons deux nuits. Situé sur une presqu'île, Rovinj ne manque pas de charme. Nous sommes garés en retrait, au bord de la mer, avec une vue d'ensemble. Nous profitons de cet endroit fort agréable pour faire notre grand ménage. Bercés par le bruit des mouettes, nous admirons le panorama depuis notre Roulotte...
Pula: sous le soleil croate
La péninsule d'Istrie ayant appartenu à l'Italie conserve une importante communauté italienne. Pula en est le chef-lieu. Cette ville fut également une base navale militaire de la marine austro-hongroise. C'est à la fin de la Seconde Guerre mondiale que Pula fut prise par les troupes yougoslaves et intégrée à la Croatie. D'après ce que nous disent les locaux, la région n'a pas été affectée directement par les violences de la guerre des années 90, bien qu'elle en ait subi les
conséquences... Mais l'histoire de Pula remonte à près de 3 000 ans et les vestiges de son époque antique se mêlent à l'architecture moderne et portuaire: un amphithéâtre romain bien conservé, un arc de triomphe, un mur d'enceinte en ruines et d'autres restes (notamment la façade d'un théâtre).
En arrivant à Pula, nous remarquons que tous les stationnements sont payants et en pente! Soudain, Laurent décide de tourner à droite (pour ne pas s'éloigner du vieux centre) et là, nous tombons sur un grand parking fraîchement goudronné et bien à plat. Il y a des numéros d'emplacement inscrits au sol mais pas de pancarte indiquant une interdiction. En levant la tête, on comprend que ces places seront réservées aux futurs habitants d'un immeuble en fin de construction qui fait face à un grand jardin près duquel il y a un petit cabanon fait de bric et de broc. Un homme d'un certain âge en sort et fait signe à Laurent qui descend du véhicule pour le rejoindre. Ce dernier ne parle que croate et italien, il opte pour la seconde langue tandis que Laurent utilise l'espagnol. Ils se comprennent. L'homme nous conseille de nous garer près de son jardin plutôt qu'à la place que nous avons choisie, ce pour faciliter l'accès aux camions du chantier. Il précise qu'il n'y a pas de problème ici, c'est gratuit et il ajoute qu'il jettera un œil sur la Roulotte en notre absence. À cinq minutes du centre, au calme avec vue sur un immense jardin, c'est parfait!
Nous partons donc l'esprit tranquille, avec comme principale motivation, trouver un accès wifi. Nous découvrons un centre agréable avec des rues piétonnes animées par des terrasses très fréquentées (c'est l'heure du déjeuner), quelques boutiques et un marché de fruits et légumes qui (nous le découvrirons plus tard) est là tous les jours. Très rapidement nous prenons nos marques et décidons de rester quelques jours profiter de la bibliothèque depuis laquelle nous pouvons surfer sur le net. La boulangerie du premier jour fait du bon pain, nous y retournons chaque matin. Chaque soir vers 19h30 (à la fermeture de la bibliothèque), nous allons
boire un verre au Kigla (là aussi il y a le wifi). Dès le second soir, la patronne nous lance « a glass of wine and a beer? » Yes! Nous sommes déjà considérés comme des habitués! Elle est souriante et mystérieuse, nous voyons en elle une personne honnête, avec un vécu intéressant et qui ne se laisse pas faire. Dans un coin du bar, sombre mais chaleureux, il y a une télévision allumée en permanence (sans le son) et nous observons que les croates sont, comme les français, abreuvés des mêmes feuilletons américains (Bones, Desperate Housewife, Experts à Miammi, etc.)
L'une des employées de la bibliothèque a tenté de nous en exclure sans succès (car nous n'étions pas membres). Nous étions assis face à son bureau depuis deux bonnes heures lorsque je voulus utiliser les toilettes. Voyant qu'elles étaient fermées à clefs, je supposai qu'il fallait la demander. Ce que je fis. Le charmant accent français n'eut aucun impact sur cette brave dame qui s'empressa de répondre que les toilettes étaient réservés aux membres (elle avait donc déduit que nous ne faisions pas parti du club!) Je repris ma place. Quelques minutes passèrent avant qu'elle vienne à notre table pour nous signaler que nous ne devrions même pas être là. Elle avait eu le temps de réaliser que nous utilisions le wifi (ça c'est leur faute, ils n'avaient qu'à sécuriser leur réseau!) Je tentai un petit discours en anglais sur le fait que le savoir devrait être accessible à tous, ce à quoi elle répondit « not in Croatia ». C'est bien dommage. Voyant que nous n'avions pas trop l'intention de partir (Laurent n'avait même pas levé la tête de son écran!), elle ne perdit pas la face « c'est ok pour aujourd'hui mais c'est exceptionnel ». Le lendemain, nous revenons. Elle est là. Dès qu'elle nous aperçoit elle part discuter de notre cas avec d'autres employés qui ne semblent aucunement dérangé par notre présence puisque personne ne vient nous dire quoi que ce soit. Le seul souci, c'est que c'est elle qui a la clef des toilettes! Peu importe, notre bar préféré est à quelques mètres....
Au fil des jours, le sourire accueillant du jardinier s'est transformé en un visage méfiant et intrigué. Il croyait sûrement que nous n'allions passer que quelques heures, comme doivent le faire tous les autres touristes, pour voir les vestiges antiques (seule attraction de la ville)... Le quatrième jour, nous avons presque épuisé nos réserves d'eau. Laurent va le voir pour lui demander si il sait où nous pourrions nous en procurer. Il y a un énorme tuyau d'arrosage qui ressemble à une lance de pompier dans son jardin et nous avons vu un autre homme venir chaque matin pour y remplir de gros jerricans. L'homme change de sujet, il évoque les travaux, le prix des futurs appartements puis il fait comprendre à Laurent que nous ferions mieux d'aller profiter du bord de mer quelques kilomètres plus loin. De fil en aiguille, il finit par refuser de nous donner un peu d'eau et pose franchement la question « quand est-ce que vous partez? ». Notre présence est devenue gênante, il est temps de reprendre la route. Nous comprenons et déplorons à la fois. Et c'est comme ça que nous quittâmes Pula pour atteindre Rijeka...
Corvée de linge un soir d'Halloween...
31 octobre, c'est Halloween. À Rijeka, certains bars organisent des soirées pour l'occasion. En errant dans les rues, nous remarquons quelques citrouilles vidées et taillées dans lesquelles sont allumées des bougies... comme le veut cette tradition américaine que bien d'autres pays semblent avoir adoptée...
Nous cherchons désespérément une laverie. Nous avons appris par cœur le terme croate « praona » que nous prononçons vainement dès que nous croisons quelqu'un susceptible de nous renseigner. Enfin, une dame semble comprendre ce que nous cherchons, elle nous fait des signes exprimant un « tout droit » puis « à droite » et prononce un nom que nous supposons être celui de la rue où nous devons nous rendre. Nous partons dans la direction qu'elle nous a indiquée
avec une lueur d'espoir... Ce mot imprononçable n'est écrit nulle part mais nous continuons. Nous tombons effectivement sur une boutique qui, de l'extérieur, ressemble plus à un pressing qu'à un lavomatique... de toute façon, c'est fermé. Plus loin, nous questionnons une jeune fille dans un supermarché, elle nous conseille d'aller vers le centre d'où nous nous étions éloignés. De requête en requête nous parcourons une large portion de la ville qui s'organise autour d'un port industriel lui conférant une ambiance particulière. Il y a beaucoup de rues piétonnes et elles sont quasiment vides, mais où sont-ils? Notre imagination divague, peut-être qu'ils sont en train de se déguiser en fantôme ou en sorcière... Finalement, un homme assis au comptoir d'un bar nous affirme qu'il y en a une au « tower center » mais c'est trop loin pour s'y rendre à pied. Nous reprenons la roulotte pour parcourir les quelques kilomètres nous séparant du centre commercial... Difficile de trouver une place (le parking ne nous est pas accessible du fait de la hauteur de notre véhicule). Pour ne pas porter nos gros baluchons de linges sales pour rien, nous préférons aller faire un repérage. C'est donc là qu'ils se cachaient tous! Face au premier escalator qui monte au premier des cinq étages de cette immense galerie commerciale abritant nombre d'enseignes que nous connaissons (Benetton, Naf Naf, Mango, Zara, Celio, Levi's etc), nous échangeons un regard... est-ce possible qu'il y ait une laverie au milieu de tout ça? Cet endroit symbolise à nos yeux la société de consommation que nous fuyons en quelque sorte (peut-être pour savoir l'apprécier autrement lorsque nous reprendrons une vie sédentaire)... Mais c''est plus fort que nous, nous nous sentons mal à l'aise dans nos vêtements dépareillés (il est grand temps de laver ce qui constitue notre maigre garde-robe!). Tous semblent vêtus à la dernière mode et nous nous sentons différents... Mieux vaut demander à l'un des employés, tiens, la femme qui tient le stand de bonbons par exemple... Elle parle anglais mais ne connaît aucune laverie dans le coin. Nous essayons alors de déchiffrer le plan du centre mais à part les marques que nous reconnaissons, impossible d'entrevoir un mot pouvant nous mettre sur la piste. Nous explorons le premier étage mais très vite nous nous lassons et choisissons de rebrousser chemin. En marchant vers la roulotte, J'entrevois le panneau d'une auberge de jeunesse (le petit triangle bleu que nombre de voyageurs repèrent de loin). Allons voir si ils ont un service de « laundry ». En montant les escaliers menant à cette grande bâtisse surplombant la mer, Laurent évoque la possibilité d'y loger une nuit si les tarifs sont raisonnables... Pas de service pour le linge et des prix dépassant nos moyens. La jeune femme de l'accueil est très serviable et elle
nous confirme qu'il y a bien une laverie au tower center. Elle ajoute quelques éléments importants. Elle se situe au quatrième étage en direction des parkings, ça fonctionne avec des jetons que l'on achète sur place et le centre ferme à 21h. Il est presque 19h, une course effrénée commence alors. Il s'agit d'un pressing qui a mis deux machines à laver et une sécheuse à disposition. Nous vous épargnons les détails mais le résultat est que toutes nos affaires sont propres mais
seulement la moitié a eu le temps de sécher. Il est 21h15 lorsque la machine se termine, nous remercions l'employée de sa patience et partons avec nos baluchons humides... Le lendemain, c'est la Toussaint et tout sera fermé.
Nous étions garés près de la voie ferré et chaque passage de train s'apparentait à une vibration qui atteignait bien 2 ou 3 sur l'échelle de Richter! Après cette nuit bruyante, nous prenons la route de Crni Lug (difficile à prononcer, et encore ce n'est rien, parfois il y a 5 ou 6 consonnes d'affilée!). Notre GPS ne connaît pas, il nous a fallu demander notre route dans une station service à un jeune homme qui s'est bien amusé à me faire répéter une bonne dizaine de fois afin que
j'acquiers une prononciation convenable! C'est dans ce village de 300 habitants que se trouve l'entrée principale du parc national de Risnjak. Nous interrompons notre itinéraire pour nous délasser sous le soleil d'automne pendant que notre linge sèche tranquillement.
En direction de Zagreb: l'automne fait place à l'hiver
Vers 7h du matin, un bruit nous réveille, comme si quelqu'un frappait à notre porte (alors que nous sommes au beau milieu de nulle part). Prise d'une légère panique, je secoue Laurent. Nous scrutons depuis chaque fenêtre mais rien à l'horizon. Laurent enfile son jean pour sortir voir. Rien. Quelques minutes plus tard, le même bruit se fait entendre et Laurent s'empresse d'ouvrir mais toujours rien. Nous en déduisons qu'il y a peut-être un petit rongeur caché sous le capot ou
qu'un oiseau aiguise son bec sur notre roulotte. Quoiqu'il en soit nous sommes à présent bien réveillés, alors autant en profiter pour partir en randonnée dans le parc national de Risnjak. Les températures sont en baisse. Emmitouflés sous nos bonnets, nous entamons une marche à travers bois pour nous laisser enchanter par les couleurs d'automne. Nous lisons sur l'un des panneaux du sentier pédagogique que le parc abrite de nombreux animaux, notamment des ours bruns et des lynx. Nous écartons les yeux à l'affut d'un indice révélant la présence de l'un de ces deux carnivores mais les pluies de la veille ont effacé toutes traces...
Nous poursuivons en direction de Zagreb. Vers 19h (le soleil se couche vers 17h!) nous trouvons un endroit calme pour nous poser et préparer la pâte à crêpe... Nous étrennons la petite poêle achetée spécialement pour la confection de ces crêpes dont nous rêvons depuis quelques jours déjà. Après une agréable journée de promenade, nous savourons ce moment en appréciant chaque bouchée. Les températures ont encore baissé (il fait 6°) mais nous ne nous doutons pas de ce qui
nous attend... Toute la nuit, nous fûmes bercés par le bruit doux de la pluie. Au petit matin, le silence s'installe et ce n'est qu'au moment où nous écartons deux lamelles de stores pour scruter l'extérieur que nous nous apercevons qu'il neige...Les petits flocons grossissent et finissent par adhérer au sol. La campagne environnante se transforme bientôt en une toile d'hiver sur laquelle domine le blanc... Émerveillés par le spectacle, il nous faut ensuite gérer nos affaires. Sous la neige, nous effectuons les 4 aller-retour nécessaires pour remplir notre réservoir d'eau à l'aide d'un jerrican... Il fait froid.
Sur la route, nous découvrons un étonnant décor. Nous passons au milieu de deux rangées d'arbres, d'un coté domine encore les tons jaune-oranger de l'automne et de l'autre, c'est un paysage hivernal recouvert de blanc. Plus on s'approche de Zagreb et moins il y a de neige. La capitale croate nous accueille sous la pluie. Nous n'y passerons que quelques heures parce que nous voulons avancer vers le sud. Zagreb restera donc un vague souvenir: deux trajets dans un tramway bleu ultra-moderne qui cohabite encore avec des versions plus anciennes, un thé bu dans l'un des nombreux petits cafés, quelques pas mouillés dans l'une des artères principales et quelques monuments entraperçus depuis notre fenêtre.
Nous aurions aimé visiter la Slavonie, région longtemps disputée où les serbes sont majoritaires. Malheureusement, le climat nous démotive alors nous partons directement pour Belgrade en empruntant l'autoroute qui, pour 26 euros seulement, raccourcit le trajet de 250km... À mi-parcours, nous passons un premier péage, sans doute parce que la portion qui suit appartient à la Serbie. Quelques kilomètres plus loin, nous distinguons le poste de douane...
Retour en Croatie après dix jours d'absence: repos mérité à Dubrovnik
Bien sûr, la pluie, le vent et les nuages confèrent aux paysages des teintes non dépourvues de charme mais nous avions besoin de soleil et surtout de chaleur. Ce n'est pas tant le froid mais plutôt l'humidité qui nous ronge à petit feu, nous et notre Roulotte. Décidés (depuis la Bosnie) à passer une nuit ou deux dans un camping, afin d'avoir accès à de vrais sanitaires et ne pas nous préoccuper de l'emplacement, nous suivons les panneaux indiquant le «Solitudo»,
camping de Dubrovnik. Il y a de la lumière mais la porte de la réception est fermée à clef. Nous frappons trois coups, un homme vient nous ouvrir. Très vite, il nous explique que le camping est fermé pour cause de rénovation mais il précise que nous pouvons nous installer à l'entrée. Il nous donne un plan de la ville et nous montre même où nous réapprovisionner en eau. En retrait, nous apprécions le calme des lieux, à cinq minutes du bord de mer, dans une zone résidentielle. Cette première journée est ensoleillée et nous nous reposons, bouquins en main...
Depuis notre arrivée, les gens se montrent particulièrement agréables, nous renseignant même lorsque nous ne leur demandons rien. La plupart parle un bon anglais, ce qui facilite les échanges (on sent qu'ils ont l'habitude des touristes). Les deux jours suivants sont nuageux mais les températures restent très douces (au dessus de 20°C) et quelques rayons lumineux percent de temps à autre. Nous restons plongés dans nos lectures de nombreuses heures. Nos
promenades se terminent souvent dans un café où nous travaillons quelques heures sur nos ordinateurs en sirotant un thé. Au troisième jour, nous nous décidons enfin à pénétrer les remparts du vieux Dubrovnik, principale attraction touristique en cette saison peu propice à la baignade... Située au sud de la côte dalmate, à proximité de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro, Dubrovnik est un des hauts lieux touristiques de Croatie. Cette ville portuaire a connu des attaques d'artillerie pendant la guerre d'indépendance, les deux tiers des bâtiments de la vieille ville auraient été touchés directement ou indirectement par les tirs d'obus. Tout a été reconstruit à l'identique en respectant au mieux les techniques d'antan (apparemment les tuiles pour la réparation des toitures proviennent de la région de Toulouse!).
Nous parcourons à pied les 4 kms qui nous séparent de l'entrée principale mais c'est le bus numéro 6 qui nous ramènera dans notre quartier de Babin Kuk. Il fait déjà nuit, nous sommes dans un bar. Toute la vieille ville est dotée d'un accès wifi illimité, nous allons enfin pouvoir mettre le site en ligne!. En discutant avec l'un des clients, nous apprenons que seulement 1000 habitants vivent encore ici, au lieu de 5000 il n'y a pas si longtemps. Tous vendent leur appartement à
des étrangers, parce que pour le prix d'un petit apparte ici, ils peuvent s'acheter deux immenses maisons un peu plus loin... c'est logique mais un peu triste tout de même, de se dire que bientôt cet endroit ne sera plus qu'une grosse mascarade, une enclave étrangère dans ces murs anciens représentant un héritage historique et culturel considérable. En tout cas le pays est en train de changer à vue d'œil et les différences avec leurs voisins serbes et bosniaques sont flagrantes... La rencontre avec nos amis Willi et Yasmin, notre premier soir dans ce pays, est bien loin... Ils nous disaient ne pas vouloir intégrer l'Union Européenne mais la procédure est en marche, la Croatie est un candidat officiel (avec la Turquie et la Macédoine) et les accords commerciaux se multiplient... Nous pensons qu'ils ont leur place dans l'UE et cela arrivera tôt ou tard...
Quatrième jour. Le soleil est suffisamment haut pour que sa lumière nous éclaire sans nous aveugler et que sa chaleur nous réchauffe sans nous étouffer. L'air se gorge de senteurs venues des profondeurs de l'Adriatique et une brise légère siffle harmonieusement. Confortablement installés, nous tournons les pages au rythme des vagues effleurant le rivage. Aux ronronnements des moteurs de bateaux succèdent des ondes aquatiques qui terminent leur course sur les
rochers. Nous lisons sans modération et ce n'est pas sans un brin d'émotion que nous quittons les personnages qui nous accompagnent lorsque nous arrivons aux dernières pages d'un roman...
Commémoration de Vukovar le soir du match France-Irlande
Laurent voulait voir le deuxième match de qualification de l'équipe française de football. Ayant repéré un pub Irlandais doté d'un câble satellite qui nous avait confirmé qu'il retransmettrait le match, nous décidons de rester à Dubrovnik jusqu'à jeudi. Mercredi après-midi, nous nous mettons en route vers le vieux centre avec l'objectif de longer toute la côte (chemin plus long) et d'arriver suffisamment en avance pour profiter encore un peu des ruelles étroites et
d'un accès internet illimité. À la tombée de la nuit, nous nous enfonçons enfin dans la vieille ville. L'éclairage public est volontairement éteint et nous
avançons dans une rue bordée de bougies. Comme absorbés par cette atmosphère chaleureuse, nous poursuivons en direction d'une église autour de laquelle tous les habitants semblent réunis... Sur le sol, des dizaines de bougies forment des lettres qui n'ont pas de sens pour nous. Tous les enfants se tiennent sagement debout sur les marchent de l'édifice, chacun portant une bougie protégée dans un «verre» de couleur rouge... Ce n'est qu'après avoir enquêté auprès des locaux que nous comprenons la signification de ce cérémonial. Chaque 18 novembre, les croates se souviennent des victimes de Vukovar, ville située en Slavonie orientale
(là où nous étions lorsqu'il s'est mis à neiger deux semaines plus tôt...). Après trois mois de siège (1991), les quelques 1500 combattants croates du commandant Mile Dedakovic qui défendaient encore la ville se rendent. Les troupes serbes pénètrent alors dans une cité en cendres et la population est déportée dans des camps. La bataille de Vukovar est l'un des évènements les plus sanglants du conflit yougoslave.
Lorsque nous prenons place dans le pub, nous réalisons que nous sommes entourés d'irlandais ou pro-irlandais. Dès le premier but, ils laissent exprimer leur joie et l'ambiance est à son comble mais lorsque la France égalise, de manière peu glorieuse, nous sommes les seuls à nous réjouir et tout le monde nous regarde d'un mauvais œil! Bref, parallèlement était retransmis le match Bosnie-Portugal et les locaux avec qui nous avions bavardé disaient supporter le Portugal parce que lors du match Croatie-Turquie, les Bosniaques étaient clairement du côté des Turcs... Je ne m'intéresse pas trop au foot mais il faut reconnaître que c'est tellement international...
Nous ratons le dernier bus, il nous faut une heure pour rejoindre la Roulotte à pieds, nous nous couchons vers 1h du matin... Du coup, le lendemain, nous ne sommes plus motivés pour reprendre la route. Le jour suivant, nous décidons d'essayer de laver notre linge avant de quitter la Croatie. Je pars frapper à la réception du camping pour leur demander si ils connaissent un lavomatique. Il semblerait que ce ne soit pas commun dans les Balkans. Le même homme qui
nous avait si gentiment accueillis le premier jour, propose alors d'ouvrir la laverie du camping rien que pour nous. Lorsque nous lui proposons de payer les jetons qu'il nous tend pour faire marcher les machines, il refuse. Nous sommes garés juste à côté et ils nous font confiance, laissant la porte ouverte pour que nous y accédions. Pendant que les machines tournent (une par une), nous profitons du soleil. J'entreprends la confection de pochoirs pour peindre sur les placards de la Roulotte. Laurent replonge dans son livre avec enthousiasme. Vers 15h, nous réalisons qu'il serait dommage de prendre la route car la nuit commencera à tomber dans une heure et nous aimons profiter des paysages. D'autant plus que nous partons vers l'inconnu, le Monténégro... Le samedi matin, nous sommes fins prêts à découvrir la route de Kotor...
Les Baluchons sur les routes de Croatie:
Superficie: 56 594 km² Population: 4 489 409 Population urbaine: 57% Capitale: Zagreb
Frontières terrestres: 1 982 km Littoral: 5835 km (1 777 km sur le continent et 4 058 km sur les îles) Point culminant: Dinara, 1 830m
Pays frontaliers:
Bosnie-Herzégovine (932 km)
Hongrie (329 km)
Serbie (241 km)
Monténégro (25 km)
Slovénie (455 km)
Type de gouvernement: Démocratie parlementaire Constitution: 1990, révisée en 2000 et 2001
Fête nationale: 8 octobre
Elle commémore la proclamation d'indépendance du 8 octobre 1991 (ex-Yougoslavie).
Force de travail:
Agriculture: 5%
Industrie: 31,3%
Services: 63,6%
Espérance de vie: 80.98 ans
Homme: 77.79 ans
Femme: 84.33 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 11%
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: kuna Distributeurs: faciles à trouver Paiements par visa/mastercard: acceptés
Prix moyen litre de diesel: 1€ bouteille eau minérale (1.5L): 0.40€ un café: 1€ un demi: 1€
Indicatif téléphonique: 385 Indicatif internet: .hr Fuseau horaire: +1 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 68 Routes: 28 788 km dont 877 km d'autoroutes Voix ferroviaires: 2 722 km Voix navigables: 785 km