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Faut-il reconnaître l'État indépendant du Kosovo?
Heureusement pour nous, le gouvernement français fait partie des 62 États membres de l'ONU ayant reconnu l'indépendance du Kosovo le 17 juillet 2009 (Taiwan n'est pas membre mais s'est également prononcé pour). Et oui, c'est tout récent! A vrai dire, Belgrade n'ayant pas accepté cette décision, nous nous demandions un peu ce que nous allions trouver à la frontière... soldats serbes ou internationaux? Ni l'un, ni l'autre. Par précaution, nous n'avions pas procédé à la levée de drapeau, de peur d'afficher une opinion qui aurait pu nous être préjudiciable. Nous avions l'intention de dire que nous ne voulions que passer afin de rejoindre Skopje (capitale de la Macédoine) parce que c'était bel et bien la seule route disponible depuis le Nord de l'Albanie...
Pour info. En février 2008, le Conseil de sécurité de l'ONU s'était réuni à la demande de la Russie pour déclarer «nulle et non avenue» la proclamation unilatérale d’indépendance. Aucun des 14 autres membres n'avait suivi la Russie, mais le Conseil de Sécurité n'avait pas abordé la question de la reconnaissance. Qu'en est-il aujourd'hui? Officiellement, le Kosovo n'est reconnu ni par l'ONU (ce qui nécessiterait la reconnaissance de la majorité des États membres, soient 97, or à ce jour ils ne sont que 62), ni par l'Union européenne en raison de l'opposition de cinq pays (Chypre, Espagne, Grèce, Slovaquie et Roumanie). Grosso-modo, ce sont les États qui entretiennent de bonnes relations avec les États-Unis et leurs alliés qui ont reconnu l'indépendance, au contraire de la Russie, la Chine par exemple ou encore une partie de l'Amérique du Sud. Nombre de pays ne se sont pas encore prononcés et certains ont affiché leur neutralité. Certains États pourtant membres de l'Union européenne ou de l'OTAN, ont refusé. Craignent-ils de légitimer des volontés séparatistes sur leur propre territoire? Dès
juin 2008, le Parlement kosovar a adopté l'hymne de la république du Kosovo, une composition sans paroles intitulée Europe. Le choix du drapeau fut également inspiré par l'Union européenne. En juillet 2008, la Serbie annonçait sa volonté de saisir la cour internationale de justice pour qu'elle se prononce sur la proclamation d'indépendance du Kosovo, que Belgrade juge illégale. Vuk Jeremic le jeune ministre des affaires étrangères serbe a déclaré avoir subi des pressions de la part de pays "importants" pour arrêter la procédure de poursuite... Voilà ce que nous savions en arrivant aux douanes...
Aucune difficulté pour entrer dans ce pays «naissant» dont le statut reste flou au sein de la communauté internationale... Par contre, nous avons dû souscrire une assurance locale pour notre véhicule. Le charmant jeune homme qui nous vend ce service semble presque culpabiliser lorsqu'il lit sur nos visages la surprise de cette dépense inattendue... Du coup, il précise que s'il voulait se rendre en France, il devrait payer une somme équivalente. Il s'excuse presque que son pays ne soit pas encore sur la carte verte et ajoute que bientôt son pays pourra sûrement intégrer la liste. Pas de souci, nous lui réglons les 30 euros pour cette assurance de "transit" valable 15 jours. Une fois assurés, on nous rend nos passeports tamponnés et nous pouvons filer vers Prizren...
Prizren, un week-end de fête
Nous sommes le 18 novembre et c'est l'Aïd Al Adha pour les musulmans (signifiant "fête du sacrifice" en arabe). Nous nous garons face à un casino, près de la rivière qui traverse cette agréable ville. En Croatie, nous avions vu d'innombrables casinos et machines à sous. En Serbie et en Bosnie, il s'agissait surtout de bureaux de paris sportifs (notamment de football). Il nous semble que les Balkans sont propices au développement de telles activités... ils aiment
l'argent, ils aiment le jeu... Après une promenade dans les rues pavées des quartiers les plus anciens, nous cherchons un restaurant car nos estomacs crient famine. En ce jour de célébration religieuse, tous les magasins sont fermés. Enfin, nous pénétrons dans une sorte de grande brasserie, "chic" en apparence. Les prix affichés sont bas et nous nous réjouissons à l'idée de nous faire plaisir. Alors que nous suivons les pas du serveur nous accompagnant à notre table, nous
reconnaissons devant nous les uniformes de la gendarmerie française. Il y a quatre hommes dont l'un vêtu en militaire, tous arborent le drapeau tricolore. Une fois installés, je ressens le besoin d'assouvir ma curiosité. J'indique à Laurent ce que je souhaite commander avant de parcourir les quelques mètres nous séparant de mes compatriotes. Ils n'ont pas l'air surpris d'être accostés mais lorsque je leur explique très brièvement ce qui nous amène par ici, ils se montrent plus intrigués. Ils racontent que la France déploie des forces depuis 30 ans au Kosovo. Le plus gradé ajoute en souriant qu'ils ne sont pas là depuis autant de temps «nous tournons»... Basés à Pristina, ils sont en «mission de stabilisation» et expliquent en détail que les choses sont plutôt calmes ces derniers temps (autrement dit, ça se stabilise bien). Ils nous renseignent sur les quelques points d'intérêts culturels et leurs paroles se veulent rassurantes. Nous échangeons quelques banalités supplémentaires avant de nous souhaiter bon appétit. Je rejoins Laurent pour apaiser ma faim. En partant, ils viennent nous saluer, nous souhaitant une bonne continuation. Nous les voyons monter dans leur véhicule de fonction décoré du drapeau bleu-blanc-rouge.
Nous repassons à la Roulotte prendre nos ordis dans l'unique objectif de les recharger dans un café. Nous optons pour un bar à l'espace confiné et chaleureux, doté de confortables fauteuils. Le barman est sympa et dès les premiers échanges nous plaisantons avec lui. Agréablement surpris de découvrir un accès wifi gratuit, nous élisons ce lieu comme notre «refuge» pour les deux jours à venir... Nous étonnant d'avoir vu autant de drapeaux albanais, nous menons l'enquête. La communauté albanaise est très importante ici et le 19 novembre est la fête nationale albanaise (commémorant l'indépendance). Tout de même, c'est étrange car il y en
a autant (si ce n'est plus) que de drapeaux kosovars. À la question «les albanais du Kosovo auraient-ils préféré être rattachés à l'Albanie?», notre ami répond «non». Faut-il y voir un semblant d'identité kosovar? En tout cas, la population exhibe une certaine joie de vivre et, au delà de ce week-end festif, nous nous demandons si c'est en lien avec les années de souffrances qu'ils laissent derrière eux (un peu comme nous imaginons la France durant les années d'après-guerre).
Au fil de l'après-midi, nous sommes témoins d'une agitation grandissante. À la nuit tombée (vers 16h), les rues s'animent. Des familles, des couples, des groupes de jeunes... tout le monde semble heureux. Nous piétinons dans cette foule joyeuse, au rythme des musiques s'échappant des nombreux cafés... Nous ne profitons pas sereinement de cette ambiance festive. Parmi les emails reçus, l'un datait de mercredi et annonçait une triste nouvelle. Ma grand-mère est décédée, l'enterrement aurait lieu le samedi. J'eus un peu de mal à contenir mes émotions et rassembler mes souvenirs afin d'écrire le message que j'adressais à mes proches.
Force militaire internationale pour le Kosovo (KFor)
Nous rencontrons plusieurs 4x4 de la KFor. Les soldats sont essentiellement allemands et suisses, quelques turcs. Puis, c'est avec des autrichiens que nous discutâmes un moment le lendemain matin, alors qu'ils s'étaient immobilisés auprès de notre Roulotte... Lorsque J'étais sortie pour voir s'il y avait un problème (ça faisait bien 10 minutes qu'ils étaient là et ils notaient quelques choses... notre plaque? l'adresse de notre site? Va savoir...) «it's unusual» avaient-ils exprimé comme pour justifier leur fixation. Oui, c'est peu commun. À la question de la sécurité que nous leur adressons, (tandis que nous campions un peu en dehors de la ville, au bord
d'un chemin de terre), le soldat autrichien répond «it's safe but dirty»... À part les slovènes qui faisaient preuve d'une grande conscience environnementale (mêmes les lieux publics avaient trois poubelles pour le tri sélectif), les pays de l'ex-Yougoslavie ont encore des progrès à faire dans ce domaine... La Croatie était propre à certains endroits (notamment Zagreb et Dubrovnik) mais le recyclage n'y était pas monnaie courante. Nous y avions remarqué une campagne de sensibilisation originale. Les affiches montraient l'évolution de l'homme (commençant par le singe) et le dernier (homo modernus) mettait un papier dans une poubelle... Pour en revenir au Kosovo, il y a effectivement des déchets partout et c'est un peu dommage...
Nous nous interrogions sur le sentiment de la population face à l'état d'ingérence... Apparemment, la présence militaire étrangère est acceptée, voir même appréciée. Sur l'un des ponts reliant la vieille ville aux quartiers plus récents, deux jeunes se font photographier avec des soldats allemands de la KFor. Plus loin, nous remarquons que beaucoup les saluent. Et puis, nous lisons quelques graffitis de propagande ici et là... «Viva Kfor!» ou encore «Viva NATO!» (OTAN). Finalement, on s'habitue vite à voir autant de militaires, leur présence se veut rassurante... Tous ceux que nous croisons paraissent si jeunes, ils naissaient à peine lorsque la guerre commençait à faire ses ravages. Aujourd'hui, ils ont été extraits de leur contexte culturel pour maintenir la paix dans un pays étranger... Toutes ces histoires sont tellement complexes...
À la recherche d'une église catholique en terre musulmane
Le samedi, afin d'honorer la mémoire de ma grand-mère, j'entreprends d'aller allumer un cierge à l'église. Bien que me considérant agnostique, je souhaite dire au revoir en respectant les traditions de la foi catholique que ma grand-mère avait toujours exprimée. N'ayant repéré que des églises orthodoxes, c'est vers l'une d'entre que je me dirige. Il y en a une juste derrière la grande mosquée près de la place centrale. En s'approchant, je note que je suis entourée d'énormes rouleaux de barbelés comme on en voit autour des prisons (comme les deux autres églises par lesquelles j'étais passée la veille). Je discerne même une sorte de
cabine ressemblant à un poste de contrôle. Arrivée à l'entrée, je tombe nez à nez avec quatre hommes en uniforme de police. Je demande si l'un d'eux parle anglais. Celui qui comprit s'avança pour savoir ce que je voulais. Après quelques secondes d'hésitation (me doutant de la réponse), je demande l'autorisation de pénétrer. Il m'explique que l'église est fermée mais précise que je peux arpenter les allées du jardin... «Non merci». Le policier me propose alors d'essayer l'église catholique 200m plus loin. Ah, il y a donc des catholiques. Le remerciant, je marche vers ce lieu sacré. Malheureusement, toutes les portes sont verrouillées. Autour de l'édifice sont garées plusieurs voitures sur lesquelles on peut lire Caritas, œuvre caritative catholique internationale. J'avais séjourné dans l'une de leur mission à San Pedro de Sula au Honduras il y a quelques années. Non loin, flottent deux drapeaux, européen et américain. J'essaie de trouver quelqu'un susceptible d'ouvrir la porte quelques minutes en vain...
Repartant bredouille vers l'homme qui l'avait si gentiment renseigné, Je réagis à son air dubitatif «it was closed». Je le questionne, existe-il d'autres églises catholiques à Prizren? C'est la seule. Quand aux églises orthodoxes, elles sont toutes fermées. Il semblerait que les serbes (orthodoxes) aient déserté la ville (valait mieux) et les quelques monuments religieux qu'ils y ont laissés sont simplement protégés mais aucun office n'a été maintenu. D'ailleurs, le quartier serbe est
difficilement accessible à cause des nombreux barbelés. Les maisons y sont abandonnées, à moitié détruites... Dans le fil de la conversation, je dévoile ma nationalité et il est heureux de poursuivre le dialogue en français, langue qu'il a apprise lors des trois années passées à Lausanne, en Suisse (en exil?). À défaut d'avoir pu allumer un cierge, je saluai le départ de ma grand-mère vers les cieux à ma façon, en pensant fort à elle... me laissant envahir par de nombreux souvenirs d'enfance, des souvenirs de vacances...
Passage à Pristina avant de quitter l'hospitalité kosovar
Après deux nuits paisibles à Prizren, nous mettons le cap vers Pristina. Nous interrompons notre itinéraire pour passer la nuit sur un sentier en contre-bas de l'axe principal (seule route menant à la capitale). Nous croisons toutes sortes de véhicules de la KFor. Ce matin, nous fûmes réveillés par leurs hélicoptères. Sur la route, c'est le défilé... une quinzaine de gros camions se suivent. Que peuvent-ils bien transporter? En ce dernier jour de novembre, nous nous soucions de
l'hiver, le froid finira bien par nous rattraper! Les températures sont en baisses et le ciel nuageux n'arrange rien.
Nous atteignons Pristina, sans trop savoir ce que nous allons y faire. La circulation paraît dense mais c'est un leurre... L'étroitesse de la voie, la désorganisation des infrastructures et le manque de discipline des usagers congestionnent vite la ville. Au ralenti, nous faisons le tour de la capitale kosovar. Nous traversons les quartiers où sont installées toutes les agences internationales tel que le programme des nations unies pour le développement (PNUD). Les parkings privés exhibent de belles voitures (4x4 récents) arborant les différents logos des institutions qu'elles représentent. Vainement, nous cherchons un emplacement mais c'est trop compliqué! Notre curiosité apaisée, nous tombons d'accord sur le peu d'intérêt que nous aurions à rester (il faudrait se garer bien loin du centre et nous n'avons pas grand chose à y faire). En route pour Skopje! Deux capitales en une journée dites-vous? Seulement 90 km les séparent... à nous la Macédoine!
Frontières terrestres: 702 km Littoral: 0 km Point culminant: Geravia/Dernica, 2 656 m
Pays frontaliers:
Albanie (112 km)
Macédoine (159 km)
Monténégro (79 km)
Serbie (352 km)
Type de gouvernement: République Constitution: Juin 2008
Fête nationale: 17 Février 2008
Date choisie pour commémorer le 17 février 2008, jour où le parlement du Kosovo a proclamé l’indépendance du territoire (qui n'est reconnue que par 63 pays à ce jour).
Force de travail:
Agriculture: ND
Industrie: ND
Services: ND
Espérance de vie: ND
Homme: ND
Femme: ND
Population au dessous du seuil de pauvreté: 37%
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: euro Distributeurs: Faciles à trouver en ville Paiement par visa/mastercard:pas accepté partout
Prix moyen litre de diesel: 1 € bouteille eau minérale (1.5L): 0,50 € un café: 0,50 € un demi: 1 €
Indicatif téléphonique: 381 Indicatif internet: .rs Fuseau horaire: +1 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 8 (dont 4 non pavés) Routes: 1 924 km Voix ferroviaires: 430 km Voix navigables: aucune