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Kilomètres parcourus: 304 kms

Skopje, entre modernité et traditions

La grisaille affecte nos humeurs. L'air frais et humide laisse présager de nouvelles crises d'éternuement. Nous arrivons à Skopje, fatigués et moroses. Espérant y trouver du réconfort, un brin de déception nous envahit aux premières observations. La ville ne ressemble en rien à l'idée complètement infondée que nous nous en étions faite.

Skopje Les gendarmes français rencontrés au Kosovo avaient commenté: «c'est sympa Skopje». Oui, c'est sûr que pour eux qui vivent dans la région depuis plusieurs mois , la capitale macédonienne offre quelques commodités intéressantes. Il y a de nombreuses boutiques de mode, des cafés et restaurants agréables. Cette capitale concentre le tiers de la population du pays, et rien que ça valait le coup d'œil! Outre ces considérations, le charme historique de Skopje se limite au quartier situé au
pied de la montagne sur laquelle se dressent les ruines d'une forteresse datant du XIe siècle. Il y a quelques beaux vestiges de l'époque ottomane, notamment de belles mosquées, ainsi que les plus grands bains turcs de la péninsule balkanique (Prizren se vantait d'avoir les plus vieux).

Nos recherches nous permettent de comprendre cette urbanisation anarchique. Skopje porte la trace profonde du tremblement de terre qui détruisit 80 % de la ville en 1963. D'une magnitude de 6,9 sur l'échelle de Richter, ce séisme ne dura que quelques secondes et fut ressenti dans toute la vallée du Vardar (fleuve traversant la ville et prenant sa source à 60 kms à peine, à Gostivar). En moins d'une minute, plus de 1 000 personnes furent tuées, 3 500 blessées et Skopje
Skopje plus de 120 000 mises à la rue. Ayant perdu une grande part de sa richesse historique et culturelle, Skopje (qui existe depuis l'antiquité romaine), offre aujourd'hui un urbanisme marqué par l'architecture communiste et contemporaine. Le centre ville est formé de deux ensembles distincts, relié par le fameux pont de pierre. Les vieux quartiers de la rive nord du Vardar, majoritairement épargnés par la catastrophe, s'opposent aux quartiers sud du centre ville,
entièrement reconstruits... de larges boulevards et des immeubles administratifs à perte de vue. Nous sentant un peu faibles, nous décidons de nous restaurer et pénétrons dans une grande brasserie donnant sur le place centrale. Puis, nous arpentons les entrailles de la ville, nous frayant un chemin jusqu'aux remparts depuis lesquels nous contemplons une vue d'ensemble. Finissant la soirée tranquillement assis dans un petit bar, nous rentrons nous coucher sur le parking presque désert au milieu duquel nous attend notre Roulotte.

Skopje
Le lendemain, je poursuis mon exploration tandis que Laurent bouquine... La ville prit son nom actuel, Skopje, au début des années 1950, lorsque les dialectes macédoniens furent unifiés et l'orthographe réformée, sous l'impulsion de la politique de Tito. Comme dans le reste de la région, nous nous accommodons de ces différences orthographiques qui rendent le déchiffrage des panneaux signalétiques laborieux parce que la seule carte que nous possédons est écrite en serbe. En 1991, Skopje est devenue la capitale de la République de Macédoine, pour la première fois indépendante. Les années yougoslaves ont eu ici aussi de nombreuses conséquences... Des tensions sont nées entre les différentes communautés, notamment macédoniennes et albanaises. Puis, le pays s'est confronté à la Grèce, hostile à son indépendance (voir aussi l'histoire du drapeau). Enfin, tout comme leurs voisins, les macédoniens ont dû quitter le système communiste pour entrer dans la mondialisation...

Cette image de riche qui nous colle à la peau...

Vers 11h, nous démarrons pour reprendre la direction du sud, en quête de quelques degrés supplémentaires. En nous éloignant de la capitale, nous notons que le relief assez prononcé ne permet pas une urbanisation régulière, les collines et les montagnes sont souvent laissées à l'état sauvage. Certains quartiers périphériques ressemblent fortement à des bidonvilles. Le feu est rouge, nous voilà à l'arrêt. Alors qu'il y a une dizaine de véhicules devant nous, dont la plupart ont une valeur monétaire bien supérieure à notre Ford Transit 82, c'est directement vers nous qu'accourent les mendiants. Un enfant muni d'un seau d'eau sale et d'une raclette se précipite. Il peut à peine atteindre notre pare-brise. Sur la pointe des pieds, il pose son éponge malgré nos signes de négation et la mise en marche des essuie-glaces. Une eau noirâtre dégouline, il nous regarde maintenant en effectuant des signes avec ses mains, «j'ai faim, donnez-moi de l'argent». Le feu passe au vert. Prochain carrefour, même scène. Cette fois-ci, c'est une femme qui se jette sur la Roulotte pour laver la vitre avant, contre notre gré. Elle accomplit exactement les mêmes gestes, prenant la même expression de visage, «j'ai faim, donnez-moi de l'argent pour manger». Bien sûr, ce n'est ni la première, ni la dernière fois que nous vivons cette situation mais l'agressivité avec laquelle ils ont couru vers nous, faisant abstraction totale de toutes les autres voitures, nous a un peu secoués. Suite à notre refus d'obtempérer, un petit garçon âgé d'à peine 8 ans mime une attitude nous renvoyant une piètre image de nous-mêmes. Nous sommes agacés et mal à l'aise. Quelque part, nous leur en voulons un peu de nous infliger ce sentiment de culpabilité. Laurent s'interroge, est-il bien ou mal, juste ou injuste de ressentir cette frustration d'être la cible première de cette mendicité (hommes, femmes et enfants confondus). Je ne peux m'empêcher d'éprouver de la compassion, de l'empathie... ou peut-être n'est-ce que de la pitié déguisée? Laurent argue qu'en leur donnant de l'argent, nous n'arrangeons rien au problème, au contraire... en même temps, je remarque qu'ils n'ont pas choisi de naître dans cette misère et les opportunités de voir leur condition changer ne sont pas toujours perceptibles. Certains se complaisent-ils dans cette position de "victimes"? Ils ont besoin d'aide pour retrouver (ou carrément apprendre dans le cas des plus jeunes) ce que nous appelons la dignité humaine. Un proverbe illustre bien cette pensée «au lieu de me donner du poisson, apprend moi à pêcher.» Tiraillés par ces émois, nous poursuivons dans la vallée, en direction de Tetovo, Gostivar et quelques autres noms de communes qui resteront un mystère...

Traversée de la Macédoine en un jour: brèves rencontres

Nous avons traversés de nombreux pays en peu de temps mais ils sont relativement petits... Et puis, Albanie mise à part, tous ces pays ne formaient qu'un il y a moins de 20 ans... Nous testons l'autoroute qui est complètement vide. Nous nous acquittons de six ou sept péages (en moyenne 0,50 €) sur une distance de 50 km environ. Passé Tetovo, nous roulons à nouveau sur des nationales ou départementales. Vallées, montagnes, petites plaines fertiles... nous passons par le parc national de Mavrovo sur des routes plus sinueuses, à flan de collines... De retour dans une plaine, un homme portant un gilet fluorescent est posté sur le bord du chemin et fait signe de ralentir. Un accident? Des travaux? Après le virage, un autre homme effectuant les mêmes gestes et, derrière lui, une foule marchant vers le centre du village. J'aperçois une grande cour emmurée dans laquelle sont réunis tous les hommes. Nous croisons de nombreux groupes de femmes portant toutes un foulard dans les tons rouges sur la tête... sur trois ou quatre kilomètres, les pèlerins longent la voie, allant tous dans la même direction... Nous ne connaitrons jamais la signification de leur pèlerinage...

Plus loin, nous nous arrêtons pour faire le plein de diesel. Aucun pompiste ne parle un mot d'anglais. Ils font un signe de négation lorsque je leur montre la carte visa, je leur désigne alors la machine que j'ai repérée sur le bureau... si si, ça doit marcher avec ça... les voilà qui sortent des papiers d'un tiroir pour vérifier la liste des cartes acceptées... Au bout de 10 bonnes minutes de négociation, nous parvenons à nous entendre (effectivement ça marche très bien, j'ai tout de même dû leur montrer dans quel sens mettre la carte dans la machine!). Ils sont très serviables et s'amusent de cette rencontre. Laurent distingue une sorte de pompe à gaz, alors nous voilà repartis dans des gestuels et des dessins pour leur expliquer que nous aimerions remplir notre bombonne de ce mélange butane propane que nous supposons similaire à celui que nous avions acheté en Serbie (mêmes bonbonnes oranges)... Bingo, pour six euros seulement, nous voilà avec 10 kg de gaz pour nos douches chaudes et nos repas. Entre temps, une jeune femme s'était jointe à la joyeuse troupe pour offrir ses talents de traductrice. Elle nous souhaite bon voyage en affirmant que nous allons adorer Ohrid qui est «very beautiful» et fait la fierté des Macédoniens (nous nous en rendrons compte sur place).

En route vers Ohrid Nous sommes déterminés à rejoindre Ohrid avant la nuit alors il ne faut pas trop trainer... nous traversons à présent une zone d'apiculture. Sur les étalages du bord de route, les pots de miel se mêlent à des poteries, sans doute une autre spécialité du coin. Nous en choisissons un au hasard, devant une maison. Une femme d'une cinquantaine d'année nous accueille chaleureusement, demandant nos origines et prononçant quelques mots dans notre langue
maternelle... Nous lui achetons un énorme pot, ainsi que de la gelée royale qui coute 10 fois moins cher qu'à Paris. Elle nous fait cadeau de deux cuillères en bois, nous prescrivant une cuillerée de cet élixir (la gelée royale est mélangée à un peu d'alcool et de sucre) sensé renforcer notre système immunitaire ...

Encore quelques kilomètres et nous stoppons pour profiter d'une source d'eau naturelle et remplir nos réservoirs. Trois hommes étanchent leur soif et s'éclaboussent en rigolant. Ils semblent intrigués et le plus âgé d'entre eux nous demande d'où nous venons. Très souriant, il repart dans sa camionnette et en sort un tas de pommes qu'ils placent dans mes bras, me faisant comprendre que c'est un cadeau (ils en ont toute une cargaison). Les remerciant, nous leur faisons de En route vers Ohrid
grands signes alors qu'ils reprennent leur route. Comme dit Laurent, avec toutes ces provisions, nous sommes prêts à tenir un siège!

La séduisante Ohrid

Ohrid Ohrid est située au sud-ouest de la République de Macédoine, en bordure du lac du même nom, à 50 km à peine de la Grèce. À 700 m d'altitude, le lac d'Ohrid (dont une partie appartient à l'Albanie voisine) est entouré de montagnes. La ville ancienne occupe les pentes d'une colline tandis que la périphérie est plus aérée et faite d'immeubles modernes et de maisons individuelles espacées. La région a dû attirer de nombreux archéologues parce qu'on y trouve des vestiges
permettant d'établir une présence remontant au Néolithique. Comme disait fièrement notre nouvel ami hier, «il suffit de creuser un peu pour découvrir des trésors par ici». La ville a subi successivement l'influence des grand mouvements historiques. En 1913, la Turquie dut céder la Macédoine qui fut partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie. Ohrid devint théoriquement serbe, mais les Bulgares envahirent la Macédoine serbe et les combats entre les deux pays se poursuivirent pendant la Première Guerre mondiale. Le conflit et le partage de la Macédoine furent défavorables pour Ohrid. Le sectionnement de cette région économiquement développée entre trois États différents, explique la fuite des Macédoniens d'Ohrid vers d'autres villes plus propices à leurs activités. À l'issue de la guerre, Ohrid demeura en Serbie, qui forma avec d'autres territoires cédés par l'Empire d'Autriche-Hongrie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui devint Royaume de Yougoslavie en 1929. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, la ville devient un grand centre touristique, grâce à ses richesses culturelles et naturelles. La parc national de Galitchitsa est créé en 1958 et la région est classée au Patrimoine mondial de l'Humanité (UNESCO) en 1979. Lors du conflit de 2001, la ville est le siège des négociations entre les chefs rebelles albanais et le gouvernement macédonien, aboutissant à la signature des accords d'Ohrid. Bien que Ohrid est beaucoup à offrir, le tourisme a souffert de l'isolement du pays et des problèmes économiques qu'il a connus depuis son indépendance, en 1992.

Ohrid
L'imposante forteresse de Samuel (datant des Byzantins) trône sur un promontoire surplombant la cité. Lors de l'arrivée des Turcs au XVe siècle, les habitants l'ont progressivement délaissée pour s'installer dans la plaine. La ville basse, constituée de ruelles étroites et sinueuses, remonte au Moyen Âge. À proximité de la Porte Haute se trouve le théâtre antique, construit par les Grecs et transformé en arène par les Romains. Il a été majoritairement détruit par un tremblement de terre au VIe siècle. Dans la partie ouest de la forteresse se trouve le monastère Saint-Pantaleimon et les églises de Plaochnik. La cathédrale Sainte-Sophie (ville basse), fut construite au XIe siècle. Les Turcs l'avaient transformée en mosquée puis en entrepôt mais elle fut finalement restaurée en 1912 puis dans les années 1950.

Derniers jours dans les Balkans, Ambiance du Café Liberté

Ohrid Nous sommes garés dans une petite rue calme, au bord du lac et à quelques minutes de la vieille ville. Les températures restent clémentes et l'ambiance paisible d'Ohrid nous a séduit. Ayant trouvé un accès wifi, nous décidons de rester quelques jours afin de mettre à jour notre carnet de voyage et d'envoyer la newsletter. C'est dans une ruelle peu fréquentée que nous trouvâmes le Café Liberté qui devint vite notre QG. Dès les premières minutes, nous sympathisons avec le
proprio, un homme d'une quarantaine bien tassée, marié avec des enfants (dont une fille actuellement en Australie pour ses études) qui a vécu 20 ans loin de son pays (en Suisse) qu'il semble si heureux d'avoir retrouvé... Le seul autre "commerce" de cette venelle pavée est un bureau de paris sportifs, juste en face. Si bien que cet agréable bar dont la décoration est chaleureuse, sert un peu de repère pour les parieurs. Tous les jours, nous retrouvons les mêmes visages et nous Café Liberty
nous sentons vite intégrés. Nous avons même une table réservée (près des prises électriques que nous utilisons) et à peine entrons-nous que l'on nous la libère si elle est occupée! Dans un coin caché, un grand écran plasma est fixé au mur et ce sont les résultats des matchs de foot qui y défilent sans cesse. Il y a toujours de la bonne musique et à 60 centimes d'euro le thé, nous ne nous ruinons pas. La plupart des habitués ne consomme pas ou peu. Tout le monde se connaît.

Nous sommes un peu émus à l'idée de quitter les Balkans, nous y avons vécu de bons moments et conseillons vivement de les visiter car c'est une région incroyablement belle. Notre seul regret est de ne pas avoir pu bénéficier de suffisamment de chaleur pour nous baigner dans l'Adriatique. En même temps, nous n'aurions sans doute pas autant apprécié ces lieux en pleine saison touristique et nous nous sentons privilégiés d'avoir pu profiter simplement des merveilles balkaniques... Demain, nous entrerons à nouveau dans l'Union européenne...
 

Superficie: 25 713 km²
Population: 2 066 718
Population urbaine: 67%
Capitale: Skopje

Frontières terrestres: 766 km
Littoral: 0 km
Point culminant: Golem Korab, 2 764 m

Pays frontaliers:
  • Albanie (151 km)
  • Bulgarie (14 km)
  • Grèce (256 km)
  • Kosovo (159 km)
  • Serbie (62 km)

Type de gouvernement: République parlementaire
Constitution: Novembre 1991, amendements 2001 et 2005

Fête nationale: 2 aout
Elle commémore une insurrection populaire contre les Turcs (Empire Ottoman) qui eut lieu le 2 aout 1903, jour de la saint Elie.

Force de travail:
  • Agriculture: 19.6%
  • Industrie: 30.4%
  • Services: 50%
Espérance de vie: 74.68 ans
  • Homme: 72.18 ans
  • Femme: 77.38 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 29.8%
 
Source: CIA World Fact Book 2009
 

Monnaie: Denar
Distributeurs: Faciles à trouver en ville
Paiement par visa/mastercard: pas accepté partout

Prix moyen
litre de diesel: 0,80 €
bouteille eau minérale (1.5L):
un café: 0,65 €
un demi: 1,30 €

Indicatif téléphonique: 389
Indicatif internet: .mk
Fuseau horaire:

Mobilité:
Aéroports: 14
Routes: 13 182 km
Voix ferroviaires: 699 km
Voix navigables: aucune

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