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Kilomètres parcourus: 333 kms
Première visite douanière pour la Roulotte
Lorsque nous apercevons les postes de douane, je prépare les documents. Le premier agent nous demande également l'assurance du véhicule, la fameuse «greencard». Il vérifie le tout, puis sort de sa cabine et fait le tour pour se retrouver du côté passager où j'ai déjà ouvert la fenêtre pour savoir ce qu'il veut. Je comprend qu'il désire inspecter la Roulotte. Je prends les clefs et descends pour ouvrir la porte en grand, lui faisant signe de passer (Attention à la marche! Elle est haute!). Le jeune homme marque un temps d'arrêt et, me regardant, bredouille dans un anglais hésitant «dog?». Je ne peux m'empêcher de sourire mais garde mon sérieux pour lui répondre calmement «No, there is no dog». C'est la première fois que notre maisonnette reçoit la visite d'un étranger, Laurent est resté au volant et ressent cette présence armée comme dérangeante. Le douanier observe notre décor coloré, il ouvre la porte de la salle de bain, puis celle de la penderie qui tient par un petit crochet. Je lui montre comment s'ouvrent les autres placards, en exerçant une pression qui libère la roulette constituant ce mécanisme ingénieux. Il ne semble pas intéressé, il en a assez vu et redescend pour rejoindre son poste et nous rendre nos papiers.
Quelques mètres plus loin, nous franchissons le second barrage de contrôle. L'homme qui attend nos documents est plus âgé et son visage affiche une sévérité qui n'est peut-être que le fruit du rôle qu'il interprète dans cet uniforme (si nous l'avions rencontré dans un bar habillé en civil, il aurait bien pu apparaître comme un bon vivant!). «Where do you come from?» jette t-il froidement. «France» mais Laurent ne sait que répondre au «any custom to declare?» qu'il nous lance aussitôt. Je réagis «no, no custom to declare». Là, il insiste et nous jurons avoir entendu «Rhum?». Je m'en amuse intérieurement, si nous transportions une cargaison illégale d'alcool, ce serait plutôt du vin rouge! Mais je me garde bien de partager cette réflexion. Sa dernière interrogation concerne la Roulotte qu'il scrute d'un œil méfiant... «camping?». Nous nous empressons de confirmer que c'est bien du camping que nous pratiquons dans ce curieux engin. Il nous redonne nos passeports, tamponnés pour la première fois, et nous comprenons que nous pouvons à présent entrer en Serbie... Plus loin sur la droite, nous voyons la petite fourgonnette immatriculée en Autriche qui était juste devant nous. Ils ont le droit à la grande fouille. Finalement on s'en tire bien! Heureusement qu'il n'a pas fallu tout vider mais ça nous arrivera bien un jour...
Nous remarquons que la route est moins bien entretenue (proportionnellement au prix du péage qui est presque 6 fois inférieur par rapport au côté croate!), nous passons devant des stations services à l'abandon. Plus loin, nous nous arrêtons prendre de l'essence dans une station moderne, c'est là que nous prenons connaissance de la monnaie que nous allons maintenant utiliser, le dinar serbe (est-ce le même que l'ancien dinar yougoslave?).
Nos débuts dans la capitale Serbe
Nous sommes arrivés à Belgrade par une matinée nuageuse entrecoupée de brèves éclaircies. Nous avons gagné une dizaine de degrés, ce qui n'est pas négligeable! Les températures oscillent entre 10 et 16°. Les deux premiers jours nous profitons des quelques trouées ensoleillées pour flâner dans les rues. Nos premières impressions avaient été mitigées. Vue depuis les hauteurs de la citadelle, la ville s'étend à perte de vue dans une brume qui paraît figée. Ce paysage est une succession d'immeubles et d'usines dont l'état laisse parfois à désirer. Lorsque nous apprenons que la ville a été détruite et
reconstruite 40 fois (sur 2300 ans certes mais quand même!), nous comprenons davantage cette «anarchie urbaine» dans laquelle domine une architecture «brutaliste». Mais en nous enfonçant dans les entrailles de cette capitale qui a connu tant de souffrances, nous remarquons que ces habitations édifiées rapidement (sortes de gros blocs en béton) cohabitent avec des constructions plus anciennes
ou modernes qui dégagent une toute autre atmosphère. Il y a une grande avenue piétonne bordée de boutiques. Ici aussi, nous retrouvons les mêmes enseignes qu'à Paris. L'influence ottomane n'est plus du tout visible et il ne reste paraît-il qu'une seule mosquée. C'est une ville occidentalisée que nous découvrons. Nous pénétrons dans l'église orthodoxe la plus grande du monde. Les serbes semblent très pratiquants et ils ont sans doute de nombreux morts à pleurer... Outre les nombreux signes de croix effectués, ils embrassent chaque icône religieuse qui orne ce lieu sacré en prononçant une prière, et puis il y a beaucoup de cierges qui se consument...
Dans le parc entourant la citadelle, il y a une grande exposition photographique à ciel ouvert, rappelant celles du jardin du Luxembourg à Paris. Malgré la fraîcheur de cette nuit d'automne (il n'est que 16h30), nous cheminons plus d'une heure, contemplant l'œuvre d'un certain Dragoljub Zamurovic, de nationalité serbe. À travers ses clichés, dont nombreux sont pris de haut (c'est un peu le Yann Arthus Betrand d'ici!), nous découvrons la Serbie sous toutes ses couleurs (différents paysages, toutes saisons confondues). Nous en tirons d'autant plus de plaisir que nous ne pourrons pas explorer ces territoires comme il se doit à cause des conditions climatiques peu favorables. Ces photographies sont contrastées mais il y règne toujours une certaine harmonie. Merci à cet artiste qui nous a permis de découvrir un peu de son pays, à travers son regard.
Ambiance des cafés Belgradois
Les prévisions météorologiques disaient justes, ce troisième jour est pluvieux. Nous profitons donc de l'ambiance des cafés dont plusieurs sont dotés d'un accès wifi. Il y a pas mal de petits cafés agréables aux ambiances distinctes. Il y en a un immense à l'intérieur duquel on se croit à une autre époque: d'énormes lustres descendent du haut plafond, des tableaux, des moulures, de grands rideaux, des tables en bois et un style plutôt antique. Un autre nous plonge dans un
décor plus sombre avec des couleurs pourpre et rouge se mêlant aux meubles noirs modernes, il porte un nom français (Bordel) et nos voisins de table semblent être des étudiants en art, l'un d'eux feuillète un beau livre sur Toulouse-Lautrec. La grande façade vitrée donne sur une ruelle peu fréquentée et le mur de briques laissé tel quel nous rappelle un style très new yorkais... Il y a aussi des cafés inspirés du concept américain «Starbucks» où l'on sert dans des gobelets de carton jetables pouvant être emportés...
En chemin pour le Lime (café-bar où nous sommes déjà allés hier) nous avons été éclaboussés par tous les bus et camions traversant la Save, sur l'interminable pont qui sépare le vieux Belgrade du quartier Novi Beograd (nouvelle Belgrade) où nous logeons. Nous sommes trempés jusqu'aux os! Nous commandons des thés à la menthe, servis avec du miel... Le Lime est un peu «branché» mais sans grande prétention et leur connexion internet est bonne. Nous sommes bien installés. Pendant que Laurent peaufine les derniers détails techniques pour la mise en ligne du site, je surfe sur le web à la recherche de renseignements pour préparer nos prochains mois. Nous hésitons à nous rendre en Turquie par bateau en passant par la Crête pour rejoindre ensuite la Syrie; ou alors prendre le ferry jusqu'au Liban en passant par Chypre... Avec ce froid, nous rêvons de soleil! Nous souhaitons passer l'hiver au Moyen Orient... même si les nuits sont fraîches, il y a un taux d'ensoleillement exceptionnel! Au printemps, nous rejoindrons l'Inde, soit par l'Iran si le contexte politique nous le permet, soit en faisant un grand détour par l'Arménie, Géorgie, Russie, Kazakhstan, etc.
Dans le ventre de Belgrade
Nous ne nous sommes pas faits avoir deux fois. En sortant du Lime, nous avons sauté dans le premier bus. Aujourd'hui, nous avons réitéré l'expérience mais le bus est parti dans une toute autre direction et nous avons traversé un autre pont. Belgrade est transpercée par deux grands fleuves, la Save et le Danube. Nous descendons au hasard et marchons, espérant retrouver un bâtiment que nous connaissons. En arpentant la ville, nous découvrons plusieurs immeubles détruits et nous nous demandons s'il s'agit des vestiges des bombardements passés. Certaines zones sont laissées à l'abandon mais il suffit de faire
quelques mètres pour retomber sur des bâtisses monumentales que nous supposons être des ministères ou des musées. Nous cherchons la piscine que nous avions repérée dès le premier jour après nous être renseignés auprès de l'office de tourisme.
Ah! Nous reconnaissons une église, nous savons maintenant quelle direction prendre pour aller à la piscine nous délasser. C'est samedi et les rues sont beaucoup plus calmes que le reste de la semaine. La piscine est de taille olympique mais les nageurs utilisent les largeurs, sans doute parce qu'il y a énormément de monde (il faut dire qu'elle n'est ouverte que deux heures par jour). Finalement ce n'était pas idéal pour nous relaxer mais nous avons bien profité des douches chaudes. Il est 16h, nous nous dirigeons vers le Lime pour prendre un thé (c'est devenu une de nos habitudes Belgradoise!).
Depuis la Slovénie nous utilisons les mêmes mots pour dire bonjour, merci et au revoir. Ce qui nous arrange bien car nous avons eu du mal à les retenir! En revanche, il y a une différence majeure en Serbie: tous les noms de rues sont indiqués en langage cyrillique (vous savez comme le grec) et cela complique pas mal les choses! Hier soir, alors que nous terminions tout juste la préparation du dîner, nous sommes tombés en panne de gaz. Heureusement nous n'avions presque plus rien dans le frigo (qui marche au gaz vous l'aurez compris). Notre nouveau défi va donc être d'expliquer aux serbes que nous voulons recharger notre bouteille de propane... Nous décidons de nous en occuper en quittant Belgrade... Nous voulons rester le week-end ici, nous y sommes bien.
Campagnes serbes
Finalement, nous quittons Belgrade le mardi matin en prenant la direction de Sarajevo. Nous avions pris soin de regarder sur internet la traduction serbe (cyrillique et latine) du terme «propane» que nous avions notée précautionneusement sur un carnet mais ce fut inutile parce qu'ils disent aussi «propane» (avec un accent slave certes)... Il nous aura fallu plusieurs arrêts et d'innombrables minutes passées à essayer de nous faire comprendre pour que nous trouvions enfin une «usine à gaz». L'homme qui nous sert nous propose un mélange butane-propane, d'après lui il est impossible de trouver du propane pur en Serbie. Nous optons donc pour ce dernier et pour la maudite somme de 10 euros, il nous recharge notre bombonne avec 15 kg de cette combinaison gazeuse. Ce fut plus simple que nous ne l'avions imaginé.
Nous roulons doucement, la route est dans un état médiocre, il n'y a pas beaucoup de signalisation et la pluie tambourine. En traversant la campagne, nous observons que nombre de maisons sont en construction mais les gens y vivent quand même, sans doute la récession... Ce n'est pas une agriculture intensive que pratiquent les fermiers par ici. Chacun a arrangé son foin en espèce de gros tas de 2 à 3m de haut, monté sur des grands pics en bois. Les réserves de bois pour l'hiver sont abritées sous des cabanons ou des hangars, et vue la quantité, il va faire froid! Des cheminées s'échappe une fumée blanche à peine visible tant les nuages sont bas. Il y a des moutons ici et là, mais jamais de grand troupeau. À deux reprises nous croisons des charrettes tirées par des chevaux, un homme traînant sa vache par une corde pour la faire traverser. Des poules courent autours des habitations, parfois un ou deux cochons leur tiennent compagnie. Sur le chemin, c'est une succession d'étals de légumes. Hormis quelques pommes de terre, poires, pommes, oignons, c'est essentiellement la saison du chou et il y en a des monticules impressionnants. Au loin, nous discernons une quinzaine de personnes dont quelques enfants qui s'activent pour les ramasser dans une petite parcelle. Les rivières sont agitées, transportant des eaux sombres et boueuses.
Puisque le GPS ne connaît pas trop de routes dans le coin, nous avons investi dans une carte sur laquelle nous repérons un nom qui nous est familier, Srebrenica (en Bosnie). Nous décidons de faire un détour pour nous y rendre (au lieu de passer par Zvornik qui aurait été plus direct). Sur 45 kms, nous longeons la rivière Drina qui constitue une frontière naturelle entre les deux pays. Elle déborde de son lit majeur à plusieurs endroits, certains troncs d'arbres sont complètement immergés. Chaque bourgade rencontrée s'étend des deux côtés (il fut un temps pas si lointain où il s'agissait du même pays). Il y a donc plusieurs ponts faisant office de postes de douane. C'est à Ljubovija que nous franchissons la Drina. Dès notre arrivée, tous les douaniers s'intéressent à notre cas. Ils ne doivent pas voir beaucoup d'étrangers autres que les ressortissants de l'ex-Yougoslavie. L'un d'eux affiche un large sourire et dès qu'il apprend que nous sommes français, il nous lance un chaleureux «bonjour». Celui qui scrute nos passeports prend un air plus sérieux mais très courtois. J'ouvre la porte pour l'inspection du camping-car pendant que Laurent discute avec d'autres. Ils ont emporté nos documents dans leurs bureaux pour y faire quelques vérifications et l'homme, qui revient avec nos documents, nous questionne sur l'endroit où nous avons logé pendant nos six nuits en Serbie. Puis il nous demande si nous avons l'intention de revenir. Hésitants, nous répondons: «Pas pour le moment mais peut-être un jour...» En fait, il nous explique que nous aurions dû nous enregistrer à la police. Habituellement, ce sont les hôtels qui inscrivent les touristes mais puisque nous dormions dans notre Roulotte... Il nous rassure «ça ira pour cette fois mais si vous revenez, il faudra passer par un poste de police». Nous acquiescons. Nous sommes à présent au dessus de l'eau trouble et de l'autre côté commence une autre aventure... la Bosnie-Herzégovine...
Les Baluchons sur les routes de Serbie:
Superficie: 77 474 km² Population: 7 379 339 Population urbaine: 52% Capitale: Belgrade
Frontières terrestres: 2 026 km Littoral: 0 km Point culminant: Midzor, 2 169 m
Pays frontaliers:
Bosnie-Herzégovine (302 km)
Bulgarie (318 km)
Croatie (241 km)
Hongrie (151 km)
Kosovo (352 km)
Macédoine (62 km)
Monténégro (124 km)
Roumanie (476 km)
Type de gouvernement: République
Constitution: Novembre 2006
Fête nationale: 15 février
Elle commémore la première constitution serbe signé en 1835 après des années de révolte face à l'empire ottoman.
Force de travail:
Agriculture: 30%
Industrie: 46%
Services: 24%
Espérance de vie: 73.9 ans
Homme: 71.09 ans
Femme: 76.89 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 6.5%
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: dinar Distributeurs: faciles à trouver (Belgrade) Paiement par visa/mastercard: acceptés
Prix moyen (Belgrade) litre de diesel: 1€ bouteille eau minérale (1,5L): 0.42 € un café: 1.30€ Un demi: 0.90€
Indicatif téléphonique: 381 Indicatif internet: .rs Fuseau horaire: +1 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 28 Routes: 36 875 km Voix ferroviaires: 3 379 km Voix navigables: 587 km