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Kilomètres parcourus: 489 kms
Retour en Turquie après un mois d'absence: quelques jours paisibles en compagnie d'Audrey et Vincent
La traversée Girne (Chypre) – Tasucu fut beaucoup plus agréable que dans le sens inverse, même si la mer était agitée. Nous l'avons faite de jour et sans rester dans la Roulotte. Audrey et Vincent étaient sur un autre ferry qui arriva quelques minutes avant le nôtre. Une fois toutes les formalités terminées, nous décidons de nous arrêter en ville pour des courses puis de partir vers l'ouest. Vincent avait repéré un endroit pour camper. Il faisait déjà nuit, nous étions épuisés. Notre campement est au bord d'une route, seul inconvénient. C'est étrange car c'est à cet endroit précis que nous avions pris la dernière photo en
Turquie, il y a un mois de cela. Un tout petit port de pêche se niche au milieu de grands roseaux, une courte rivière rejoint la mer, située derrière un grand hôtel vide. Il y a là un espace assez vaste pour se garer et des toilettes avec eau et électricité à volonté. La route est courbée au pied des collines entourant cette baie. Quelques habitations, des moutons qui se promènent et toujours des gens qui passent, sortis de nulle part. Nous y passons deux nuits malgré le bruit.
Dans l'une des fermes alentours, un homme assez âgé est en train de sculpter une grande cuillère dans du sapin. Vincent est le premier à aller le voir, il a lui même fabriqué une cuillère en bois récemment. J'accompagne Audrey et bientôt Laurent nous rejoint. On nous offre le thé et nous passons un long moment assis sur des troncs au milieu de la sciure, entourés de nos hôtes. Le vieil homme travaille sans relâche depuis l'aube, tandis que deux autres hommes lui tiennent
compagnie. Quelques femmes se joignent au groupe de temps à autre. Les coqs chantent à toute heure de la journée, les poules se faufilent partout et les chats jouent. Bref, une atmosphère chaleureuse qui soulève la barrière de la langue. L'un des hommes se moque gentiment de la cuillère de Vincent, dont le manche est tordu. Nous prenons quelques photos que Audrey et Vincent iront imprimer pour leur offrir le lendemain, avant notre départ. Ces derniers sont motivés à bouger avant nous, nous décidons de les rejoindre en début de soirée dans un bled choisi au hasard sur la carte. Ils nous donnent l'un de leurs talkies walkies pour que l'on puisse se retrouver plus facilement, ça marche à 10 kms de distance, enfin... normalement!)
Nos amis se dirigent vers la Cappadoce, région que nous connaissons déjà et qui nous rallongerait de 600 kms (considération importante vu le prix exorbitant du diesel par ici). Nous les avions rencontrés en Grèce mi-décembre et nous nous sommes revus à plusieurs reprises, à Chypre et maintenant en Turquie. Mais nos chemins se séparent bel et bien ici car ils repartent vers le Nord. Sachant que nous ne les recroiserons plus, nous hésitons à les accompagner, c'est vraiment splendide la Cappadoce. Nous voulons vérifier la météo, eux ne craignent pas le froid mais nous oui! Les prévisions annoncent des températures nocturnes en dessous de zéro pour les jours à venir, notre décision est prise! Du coup, nous passons quelques jours ensemble au bord d'une plage près de Kizkalesi, avant que chacun reprenne son chemin. Nous flemmardons. Au programme, conversations, jeux, bricolages (Vincent a réparé mon vélo! Merci!), échanges de livres, de musique et de vidéos, etc.
Un soir, nous faisons la connaissance de trois turcs, amis de longue date. Ils sont venus pêcher. L'un d'eux nous avait brièvement accostés en début d'après-midi, nous proposant de les rejoindre sur les rochers. Finalement, ils viennent s'installer à notre table quelques heures plus tard et nous passons un bon moment en leur compagnie. Un peu réticentes au départ, Audrey et moi sortons de la Roulotte pour nous joindre aux hommes qui trinquent. De plus, Laurent revenait d'une baignade, il voulait se doucher et s'habiller. Rapidement, nous sommes à l'aise et partageons des histoires. Ils nous offrent leur pêche de la journée, nous montrent comment préparer les poissons et les faire cuire dans un feu qu'ils allument pour nous. Très vite, nous comprenons qu'ils vivent confortablement. Ils nous invitent d'ailleurs à séjourner dans leur maison de montagne puis dans un hôtel cinq étoiles à Antalya, qui appartient à un de leurs amis. Un seul parle anglais mais ce n'est pas le plus bavard! Le troisième est silencieux et souriant. Avec des gestes et quelques traductions, nous communiquons tous aisément. Le plus expressif des trois sort son portable pour
nous faire voir des photos. L'une le représente emmitouflé, fusil au bras, dans un paysage montagneux recouvert de neige. Elle a été prise il y a quelques jours seulement, sur la route de la Cappadoce! Nous sourions à Audrey et Vincent. C'est définitif, nous n'irons pas avec vous! Souvent les gens nous montrent des photos, de leur famille, de leur maison et de leurs animaux. Lui avait également des petits films dont l'un montrait un requin qu'il a attrapé non loin d'ici,
impressionnant! Quelques heures passent puis ils nous quittent, avant même que nous ayons mis les poissons à griller. Nous jetons quelques pommes de terre en papillotes sur le feu. Voilà, le dîner est prêt! Vincent et Laurent avaient eu le droit à une leçon de pêche, nos amis ont laissé une ligne accrochée à un bâton planté dans le sable. «Tomorrow morning, you pull and big fish you'll see!» Malheureusement, il n'y avait pas de poisson au réveil!
Le jour des séparations arrive, Audrey et Vincent partent les premiers, nous démarrons peu après, en direction de la Syrie.
Course effrénée vers le Moyen Orient
Bon, nous devrions avoir assez de diesel (acheté nettement moins cher à Chypre) pour arriver à la frontière syrienne. Si l'on se fit aux guides et forums consultés (sans oublier le site officiel de l'ambassade syrienne à Paris), nous allons être refoulés car nous n'avons pas de visa. Auquel cas, nous essaierons de l'obtenir par correspondance, ce qui serait plus coûteux mais surtout ça pourrait prendre du temps. Autant être fixé au plus vite, car si nous devons passer encore
trois semaines en Turquie, mieux vaut s'organiser dès maintenant. Nous optons pour l'autoroute, solution simple et rapide (pour 1 euro seulement) qui nous évite de traverser les villes importantes de Mersin et Adana. Nous reprenons ensuite des petites routes, espérant trouver un endroit calme au bord de la mer avant la tombée de la nuit. Nous nous perdons dans des petits villages, observant que les regards ne sont plus tout à fait les mêmes. Nous sommes dans une région qui, jusqu'en 1938, est restée arabe par la culture et la langue. Cette zone faisait alors partie du protectorat français (avec l'actuelle Syrie). Attaturk ayant compris son importance stratégique, il réussit à la faire intégrer à la république turque qu'il fonda. Nous ne saurions expliquer comment mais l'atmosphère distincte se ressent. N'arrivant pas à trouver de campement tranquille, nous reprenons la nationale longeant la côte pour aller à Payas, l'une des rares bourgades mentionnée dans notre guide. Laurent a beaucoup conduit aujourd'hui, qu'il est bon de se poser enfin! Nous sommes au bord de l'eau mais l'endroit est un peu animé. Il y a quelques restaurants, un port de pêche et une courte promenade, le tout un peu excentré. Avant de reprendre la route le lendemain, nous allons
visiter l'immense caravansérail de Sokullu Mehmet Pasa, édifié vers 1570 pour le grand vizir de Soliman le Magnifique et de Selim II. C'est le premier que nous visitons et ce ce ne fut pas sans un brin d'émotion! Nous avons tous deux lu le roman de Gary Jennings - Marco Polo, les voyages interdits, récemment. Nous remémorant toutes les descriptions contenues dans ces pages, nous imaginons ce que devait être l'ambiance des lieux. Nous pénétrons par une porte gigantesque menant
sur un long et large couloir. Plus loin à droite, une porte mène au hammam, puis une autre à la mosquée tandis que le côté gauche permet d'accéder à un complexe regroupant ce qui fut autrefois, des cuisines, des étables et plusieurs habitations enchevêtrées sous des arcades donnant sur des petites cours. Le tout s'articule autour d'une place centrale, à présent recouverte de végétation. Une famille s'y promène. La grand-mère est agenouillée en direction de la Mecque, priant. La mère cueille des herbes tandis que ses enfants courent près d'elle, en s'amusant. Le père est à l'ombre, occupé avec son téléphone portable.
Nous nous rendons ensuite à Antakya. La Roulotte est garée non loin du centre, près d'un garage où deux jeunes nous convient chaleureusement à prendre un café. Laurent n'aime pas le café mais nous acceptons tout de même leur invitation, mieux vaut être en bon terme. Ils garderont ainsi un œil bienveillant sur notre maison pendant que nous arpentons les rues piétonnes du vieux Antakya. Nous ne visitons pas le musée tant recommandé parce qu'il est fermé le lundi, dommage! Nous passons quelques heures dans un café internet avant de repartir en direction du sud pour passer la nuit non loin du poste de frontière. Stratégiquement, nous optons pour le moins fréquenté, pensant avoir moins de chances de nous faire refouler. Nous roulons sur des petites routes de campagne. Ce n'est pas sans mal que nous nous arrêtons enfin, près de l'axe principal qu'il nous faudra suivre le lendemain. À peine étions nous posés qu'arrive une voiture de la gendarmerie. Trois militaires contrôlent nos passeports et nous font comprendre que nous ne pouvons pas rester ici pour la nuit. Nous en étions déjà au troisième essai, nous n'étions pas à l'aise sans trop savoir pourquoi. «Dangerous! Dangerous!» répètent-ils. Ils nous conseillent un patelin à une quinzaine de kilomètres. Nous sommes un peu surpris. Nous n'avons pas l'habitude de ce genre de comportement en Turquie, pays dans lequel nous nous sommes toujours sentis parfaitement en sécurité. Nous sommes obligés de redémarrer, il fait déjà nuit. Cette région est montagneuse, nous nous enfonçons dans une sombre vallée pour rejoindre Kislak. Le poste de gendarmerie à l'entrée du village est ouvert. Nous leur demandons où se mettre pour la nuit, leur expliquant que leurs collègues nous ont envoyés vers eux pour plus de sécurité. L'officier ne parle pas anglais, il va chercher quelqu'un. Ce dernier comprend notre requête et propose d'aller demander à son commandant si il nous autorise à nous installer dans la cours de leur caserne. Plein d'espoir, nous patientons sagement, répondant à la curiosité des quelques soldats qui nous entourent. Le commandant arrive, il refuse et nous suggère d'aller à Yayladagi, dernière ville avant la frontière. Les militaires nous donnèrent pour explication la présence de la Syrie, juste derrière les montagnes. Ils disent qu'il y a pas mal de trafic d'animaux et des immigrés clandestins, c'est risqué d'après eux. Nous obéissons. Ils ont fini par nous convaincre. Nous préférons chercher un endroit sûr. Nous remontons la longue côte nous ramenant sur la route que nous avions quittée une demie heure
plus tôt. À Yaykadegit, nous nous garons sur un parking en plein centre ville, devant une statue d'Ataturk, il veillera sur nous! La nuit est calme. Au matin, nous nous préparons rapidement, le parking s'est rempli. Alors que Laurent avait déjà démarré le véhicule, un jeune homme en costard-cravate vient frapper à la fenêtre. «Hello! Welcome! Come for tea.» Merci mais nous n'avons pas le temps d'aller boire un thé, nous sommes pressés car nous voulons arriver au poste frontalier de bonne heure. Il insiste tellement que nous finissons par accepter, Laurent arrête le moteur. En chemin, il se présente. Il est juge, nous sommes garés juste devant
le tribunal! Nous traversons un couloir dans lequel des hommes et des femmes aux visages soucieux attendent. Nous pénétrons dans son bureau, prenons place dans de confortables fauteuils de cuir, un peu gênés par notre accoutrement décontracté. En débarrassant sa table, il déplace une sorte de marteau attaché à des documents de procédures. «A man killed another man with this» dit-il avec détachement. Nous nous regardons, décontenancés par ce fait peu ordinaire pour nous. Il fait apporter du thé et des petits pains fourrés au fromage et aux olives. Il est heureux de pratiquer son anglais, il adore la France et rêve d'y aller mais n'arrive pas à obtenir de visa. Nous abrégeons la conversation pour nous éclipser. Il nous donne ses coordonnées et nous fait promettre de l'appeler lorsque nous repasserons par là, il veut nous inviter chez lui quelques jours, nous présenter sa fiancée et nous faire découvrir sa région. À la question «Have you been to Syria», il répond que ça ne l'intéresse pas. «I don't like arabic», ça a le mérite d'être clair! La frontière n'est pas indiquée, nous demandons notre chemin, nous y voilà enfin.
Les Baluchons sur les routes de Turquie:
Superficie: 783 562km² Population: 76 805 524 Population urbaine: 69% Capitale: Ankara
Frontières terrestres: 2 648 km Littoral: 7 200 km Point culminant: Mont Ararat, 5166m
Pays frontaliers:
Arménie (268 km)
Azerbaïdjan (9 km)
Bulgarie (240 km)
Géorgie (252 km)
Grèce (206 km)
Iran (499 km)
Irak (352 km)
Syrie (822 km)
Type de gouvernement: République parlementaire Constitution: Novembre1982 + amendements
Fête nationale: 29 octobre
Le 29 octobre 1923, Ataturk fonde un État national sur les ruines de l'Empire Ottoman, c'est le début de la République de Turquie.
Force de travail:
Agriculture: 29.5%
Industrie: 24.7%
Services: 48.8%
Espérance de vie: 71.96 ans
Homme: 70.12 ans
Femme: 73.89 ans
Population au dessous du seuil de pauvreté: 20%
Source: CIA World Fact Book 2009
Monnaie: Livre turque (YTL) Distributeurs: faciles à trouver en ville Paiement par visa/mastercard: généralement acceptés
Prix moyen litre de diesel: 1.45 € bouteille eau minérale (1.5L): 0.25 € un café: 0.75 € un demi: 1 €
Indicatif téléphonique: 90 Indicatif internet: .tr Fuseau horaire: +2 UTC et +1h du dernier dimanche de Mars au dernier dimanche d'octobre
Mobilité: Aéroports: 102 Routes: 426 952 km (dont 1 987 km d'autoroutes) Voix ferroviaires: 8 697 km Voix navigables: 1 200 km